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Le début… suite de : Montmirail : Les carnets retrouvés [1]

Extrait 2

Saint-Michel, fin août 1914

Notre ville est comme un désert. Ses habitants ils ont décampé, fermant magasins. Reste quelques boulangeries ouvertes. Ce sont les femmes qui pétrissent ou l’un des gars, fils ou apprenti, trop jeune pour être parti.

Le canon tonne au loin, rougit le ciel la nuit. La guerre a bel et bien commencé. Nous serons bientôt aux premières loges si nos braves soldats n’arrivent pas à contenir l’ennemi.

Ordre de mobilisation Générale

Sources

Le Petit Parisien : journal quotidien du soir – (Paris) – 1914-08-02

Source gallica.bnf.fr / BnF 

 

 

 

 

 

 

 

Saint-Michel, mardi 1er septembre 1914

Que de travail pour la mise en place des lits. Les pauvres vieux de l’hospice ont été isolés dans l’aile en réfection. Les mourants les premiers. Ce n’était que râles et cris de douleurs puis ce fut le silence. Premières victimes de guerre. Le reste des bâtiments où l’on pouvait mettre des lits, est occupé, même les couloirs. On est une quinzaine de filles dans la ville à faire de la charpie, reparties entre Saint-Paul, la Maison Petit et Saint-Michel.

Comme j’ai un diplôme d’infirmière de « La Salpétrière », les autorités m’ont désigné responsable pour Saint-Michel, des fournitures de pansements et ce qui s’y rapporte. Je dois aussi former quelques femmes volontaires qui doivent apprendre à soigner des blessures, recoudre, stériliser le matériel chirurgical de base que nous avons. J’ai vérifié et compter les aiguilles, les tubes de fil de soie, ceux en boyau, la gaze, et tous le matériel de premier secours, attelles, bandes de toutes tailles. J’ai regroupé les anesthésiants, les calmants, les antiseptiques.

A Montléan qui était fermé, fallait nettoyer tout. Une sœur et Jeanne Louis, l’une des domestiques de Saint-Michel et trois pensionnaires, des grandes, y sont allées. La cuisine a été lavée à grande eau et on s’en sert pour les repas à distribuer et pour la stérilisation.

A part la cuisine, sur tous les sites, c’est la même organisation. Nos lits et paillasses sont déjà occupés.

Pas un instant pour souffler.

On voit passer de plus en plus de réfugiés qui descendent au sud. Ils viennent d’Orbais-l’Abbaye, du Breuil, de plus loin peut-être. Charrettes et carioles de tous genres avec des matelas, des édredons des poules attachées et ballotées, têtes en bas. La plupart d’entre-eux sont à pied, portant des cabas, ou des enfants. Sur les visages, des larmes dans la crasse du chemin, la fatigue, la peur.

Devant la mairie, y a des rassemblements et les gens se questionnent pour savoir s’ils partent, s’ils restent. Les moissons sont rentrées grâce à l’entraide, femmes et enfants, les hommes appelés sont partis. Ils ont bien fait leur ouvrage. Les hommes seront fiers à leur retour.

Peu après le départ des soldats, j’ai reçu un mot de Jean, par la cousine Pauline. Il me dit au revoir, qu’il m’aime et que l’on se reverra dès sa première permission.