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Me faufiler par cette chatière ridicule

Crépuscule. Me faufiler par cette chatière ridicule. Examiner les abords, humer l’air frais de novembre, champignons, feuilles en pourriture, amoncelées par les brises colériques de saison et les pluies rageuses qui se sont acharnées, relents de chiens mouillés venant de l’autre côté de la route, plus vifs dans l’humidité collante. Sur mes gardes, j’entame ma ronde de nuit. La reinette est revenue dans le yucca et coasse son agacement. Elle n’est pas seule sur cette feuille. Quelques escargots ont fui dans leur intérieur de carbonate de calcium, en attente du silence.

La reinette est revenue dans le yucca… 

Il est temps de tourner le coin de la maison, franchir le no man’s land entre cour et jardin et gagner mon monde.

On ne m’entend pas frôler l’herbe quand j’arpente mon territoire, ni fendre l’air sur ma proie. Le chat avance toujours en terrain conquis. Là, les pierres d’un muret ont été chamboulées. Qui peut s’y cacher, y jeter un œil et suivre l’effluve d’un mulot. Il ne vit pas là mais s’y assoit, museau en l’air pour sentir le danger, son danger de mulot, ses prédateurs à l’affut. Je renifle les peurs, m’excite les papilles et salive, aussitôt détourné de ma chasse par la vibrance de l’air sur mes moustaches. Dans la nuit sur le champs et la forêt, je ne règne pas seul. Une rivale ailée vient de survoler et chiper la proie. Elle se pose sur la souche du tilleul mutilé l’an passé, et victorieuse, crie. La chouette chevêche est reine de la nuit ; Le « wiou » bitonal puissant effraie les hommes, inquiète le chat. Chante la belle, chante… Reflexe de chat, le noyer dépouillé sera son havre, le temps que les choses se calment, que le champs s’apaise et que la forêt bruisse à son habitude. L’obscurité enveloppe tous les obstacles jusqu’au sommet de la colline rejoint par les étoiles ; la lune pleine sème les ombres autour des buissons, en lisière du bois, dans les roseaux sauvages qui s’agitent, sonnant le creux quand ils se rencontrent. Là c’est trop serré pour rattraper la musaraigne égarée qui fuit à toutes pates les crocs félins. Humer la chaleur de l’animal apeuré, tendre une pate griffue vers elle… La tuer ? Oui, c’est son rôle de seigneur et maître. La manger ? Non… Elle fait vomir. On ne m’y prendra plus. La fable est drôle…

A l’autre bout, la frontière entre champs sauvage et champs cultivé. Les labours ont creusé des sillons et le brun de la terre contraste avec le vert du champs rustique. Tenter une incursion… Le maïs, c’était un terrain de chasse et de jeux épatant, avant la récolte. La terre a englouti les bouts des tiges coupées. Reste la rafle abandonnée, éparse, sans plus d’utilité.

 

Elle fait mouche à chaque attaque …             Une chouette effraie, dite dame blanche, prise au vol dans un bâtiment. | FABRICE SIMON (Ouest France)

Cette nuit de pleine lune, est de celle qu’il préfère, lui, le félin, juste suffisamment lumineuse pour visiter son domaine. Des intrus, il y a toujours. Alors uriner en reniflant les effluves de l’importun, sur le buisson de pyracanthas, ou sur les feuilles du laurier-cerise qui clôt une partie du domaine, ou encore sur les pierre d’angle de la grange… Le lieu est calme et tiède, quel que soit la saison. Les rongeurs s’y sentent bien et une dame blanche garde le butin de rongeurs réfugiés. La chouette effraie au vole silencieux vit là, dans la bâtisse qui résiste au temps. Elle fait mouche à chaque attaque sur la minuscule population. Lui, il la ressent plus qu’il ne la voit, surprenant ses chuintements et ses soupirs d’humains. Il s’en moque un peu. Il y dort, dans une espèce de crèche pour des vaches d’un autre temps. Lever la tête en curieux et la reposer aussitôt que la petite victime ne crie plus, un grand bâillement, puis un ronronnement de bien-être et le jour peut venir…

 

Joëlle W. 02-11-2020