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Alors, c’était le moment. Moment attendu, moment espéré ; Le chemin avait été long. Chaque mot, chaque phrase, chaque page même, était un pas vers le dénouement. Achever l’écrit. Arriver là où il en était. Restait à faire sonner la cloche. Méritée, il l’atteint !

Alors, il y avait son monde qui se révélait, encore. Ses doutes… Ses hésitations… Ses coups de gomme, ses taillures de crayon. Tout était là. Dans son sac à dos de pèlerin écrivain. Sa vie comme un pèlerinage solitaire. Heureux. Du bonheur à revendre. Du bonheur dans sa tête, au cœur.

Du bonheur encore. Du bonheur encore plein les mains et qui tachait ses doigts. S’empresser de l’écrire. Y voir son commencement. Un jour il a tout plaqué. Un jour noir, sans espoir dans la ville grise du nord où le charbon avait disparu des veines souterraines. Oui il a disparu après avoir fait disparaitre la ville sous ses couches noir charbon… Ses veines à lui étaient des fleuves bleus charriant son désespoir. Sa vie de merde, sans partage, sans cris d’enfant. Il a tout passé par la fenêtre. Lui aussi. Et tout le reste… La porte ouverte, le sac à dos, le duvet, son Kodak, une botte de crayons noirs publicitaires couleur bois et un cahier de 200 pages Clairefontaine.

Alors, il a pris la poudre d’escampette et son envie de bonheur sous le bras. N’a jamais regardé derrière lui. Il a emporté la noirceur de sa vie comme un défi à effacer. Et pourquoi ? Une rencontre dans un bistrot de sa ville noire. Un pèlerin égaré qui donnait ses histoires de bonheur. Les reçues. Les données. Toutes ses histoires emmêlées.

L’égaré a dit : « Viens, je t’emmène. »

Il a dit : « Non. Je fais mon sac. »

Et puis, l’égaré est parti. Lui aussi. Seul. C’est le début, le commencement de son livre. Le début de sa vie minuscule.

L’évasion après le noir de sa vie c’est au fond de lui. Il savait son dérangement. Le sien ou celui de ses voisins. Jeter ses meubles par la fenêtre était sa libération. Puis, l’absence et le voyage interminable vers la lumière.

Des visages vers lui, des sourires. Du réconfort. Revenir dans son histoire ? Jamais. Juste planer au-dessus d’eux, voler au-dessus du monde. Allez vers le sud, la chaleur, la lumière. Savoir le chant de la Terre, goutter la musique des eaux, jouir de la chaleur des pierres au soleil.

Revenir doucement dans le commencement de sa vie et partager l’aventure. Son cahier. On lui a donné quand il s’est assis pour la première fois. Sa botte de crayons couleur bois est tombée sur la table et il s’est mis à écrire, en vers, en prose, dans tous les sens, dessins, dessus, dessous, et les mots les plus doux qui sentent le bonheur, rien que ceux-là.

Alors, ils ont dit qu’il était tiré d’affaire. Lui, il a dit oui. Si on le laisse écrire ce bonheur qui lui colle aux doigts. Ils disent, d’accord. Il fait des photos avec son Kodak, sans pellicule, dessine ses photos dans son cahier de 200 pages Clairefontaine. Il y a des sourires partout.

Alors il écrit tout ce qu’il peut de sa vie. Un pas à pas vers le mot fin. La fin est nécessaire pour ce livre. Le mot fin est nécessaire pour se retrouver.

 

Joëlle W.
Janvier 2019