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De la rue Robert Aylé, un souvenir…

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Un retour… du temps pour écrire et publier. Bonne journée les amis !

Il y avait quelque chose de cruel à revenir.
D’ici à ma jeunesse, cinquante années.
D’ici à là-bas, six cent kilomètres.
De la boite à lettres d’amour cachée dans l’habillage en bois de la vieille boutique à la valise en carton de mes courriers gardés… mes souvenirs.

Rue Robert Aylé, Asnières-sur-Seine.

Rue Robert Aylé à Asnières

La boutique, au creux de l’immeuble cossu, est telle qu’à cette époque. De l’immeuble, les mêmes fenêtres sans volets cachant mal leur inoccupation. Des milliers de fois je suis passée devant, tête en l’air de l’enfant puis de l’adolescente. Je n’ai jamais vu une main secouer un chiffon ou dire aurevoir. Même pas une silhouette qui simplement, humait l’air frais du matin. Sur la façade, au deuxième étage, on devine l’escalier, largement éclairé par des carreaux vitrés où deux bandes maçonnées traversent de gauche en bas à droite en haut. J’imaginais une vie différente de ce que je connaissais derrière ces baies silencieuses. Que cachait cet endroit dans ma rue tranquille ?

Je n’avais pas encore conscience des ravages laissés par la dernière guerre, des arrestations, des déportations, des confiscations, des trains de marchandises humaines… Après j’ai su. L’endroit vivait de leurs fantômes.

La boutique elle-même n’avait pas ouvert son rideau de fer de toute ma jeunesse. Elle faisait le coin non mitoyen de l’immeuble. Le bois de son habillage est resté intact. Robe gris bleu écaillée. Jamais repeinte. Le rideau métallique en quatre « jupes » baissé, même couleur hors du temps.

Épicerie ? Modiste ? Quincaillerie ? Rien sur sa façade pour expliquer. Qui pourrait le dire ? Un jour peut-être, je saurai. Mais les chuchotements sont toujours les mêmes. Je devine les rais de lumière en forme de fleurs pareils à ceux sur la partie fixe du rideau de fer, en haut. Ils s’écrasent sur un miroir poussiéreux dans la boutique, impossible réverbération. Dehors, les mécanismes grippés, cachés, attendent la poignée magique qui relèverait enfin la barrière à la lumière, et abaisserait l’auvent pour accrocher une réclame, un article en vogue, des balais de toutes sortes.

N’y a-t-il pas un petit mot qui m’attend dans la boiserie, derrière la plinthe, ce message encodé pour nous seuls, ce message de réconciliation tant attendu ?

C’est plus haut qu’un volet de bois s’ouvre avec un carré métallique. Une fois je l’ai vu ouvert. Sagement ; le treuil à engrenage conique sans âge attend la manivelle.

Les chuchotements reprennent. Les murs n’en peuvent plus de retenir ce qu’ils ont vus, entendus. Années 30 où la vie grouillait dans un Asnières coquet. Puis la guerre de 39-45, les privations, l’occupation, les rafles, l’étoile, la Résistance. La boutique, lieu de rencontres, de cachette, de boite-à-lettres de réseau et dans l’arrière-boutique, les amours.

Les chuchoteurs ont-ils lu ses mots brûlants et mes réponses enflammées ? Feuillets de signes crayonnés, échanges codés. Sans la clef, indéchiffrables. Deux dans le monde entier à l’avoir.

Une autre boutique de l’autre côté de la porte d’entrée de l’immeuble. D’elle, je ne ressens rien. Le silence. Aucun chuchotis, pas un murmure. Plus de lumière entrante, indiscrète. Son rideau est neuf. Son âme s’est sans doute échappée quand on l’a changé.

La rue n’a plus d’âme non plus.  Chamboulée par des bâtiments à étage, qui enjambent la rue Maurice

La Dauphine (sources : http://lautomobileancienne.com)

au qui menait à l’école, où des pavillons vivaient tranquilles, où l’on disait bonjour en passant, et devant lesquels on criait :
– « Irène, tu viens jouer ? ». Impensable aujourd’hui de jouer dans la rue…

La scierie n’existe plus et les dents pointues de ses scies meurtrières n’entameras plus jamais les planches de bois odorant.

Les parcmètres n’ont pas connu l’embouteillage de patinettes et de vélos, les talons de maman claquant dans la rue quand on revenait à pied du cinéma, la Dauphine orange de Martine, la 2CH de nos voisins emmenant mes parents en balade le dimanche à Mery-sur-Oise ou

Cruauté de la vie quand d’un lieu, il ne reste plus que des souvenirs.


Fragments : Je me souviens…

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Petite collection de fragments de vie…

Façade du cinéma l’Alcazar à Asnières (92) Photo libre de droit – Domaine Public

Je me souviens du claquement des talons de ma mère, quand on rentrait du cinéma l’Alcazar. On riait fort et les murs des immeubles nous renvoyaient nos rires. La lumière des réverbères courbés au-dessus de nous était rassurante.

En famille, avec les voisins, les bonheurs de l’enfance.