Le passé nous retient…

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C’est normal à mon âge de parler de futur ? Le nouvel an… C’est bien le futur non ?

Louise Colet, Poétesse (1810-1876)

Louise Colet, Poétesse (1810-1876)

« L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour ça que le présent nous échappe. »
Gustave Flaubert (1821 – 1880) – Lettre à Louise Colet

Décidément, je reste dans cet intemporel que j’aime bien, un sujet qui ne se tarit pas…, le passé, le présent, le futur, le temps… Le temps qui passe est passé, passera…

C’est une histoire où, à l’heure de l’éveil, le temps se régale en nous faisant parfois quelques tours à sa façon, mélangeant les temps, permettant à, notre inconscient, de les conjuguer à sa guise, au risque de perdre la raison…

Confusion. Trouble. Ses yeux restaient fermés. Il lui était impossible de savoir si son corps s’éveillait avant son esprit. Il s’étirait dans son noir intérieur. Il s’étirait aussi de tout son corps comme un félin après la sieste…

Sa main, libérée de l’entortillement des draps, cherchait le bord du lit… tâtait l’oreiller voisin, cherchant l’autre…

 

Les derniers évènements, une lettre égarée reçue cinquante ans plus tard, l’avait bouleversé. Elle avait ébranlé son équilibre tranquille. Lettre pour sa mère, décédée trente ans plus tôt dans cette maison, la sienne. Sa journée d’hier défilait derrière ses paupières closes. Mémoire saturée, mémoire blessée, égratignée… Il s’accrochait à ce bord de lit, plissant fermement les yeux, refusant la douce clarté de l’aube, retrouvant sa solitude d’enfant dans le noir de sa chambre… Une vague de souvenirs le submergeait, de ces souvenirs rappelés par les blessures profondes du cœur, ces souvenirs de vie, d’amour, de peine, de joie, rassemblés dans les chambres de sa vie, lieux uniques où son esprit avait toujours su vagabonder, espace de l’inconscience, des rêves endormis ou éveillés, espaces de tous les possibles, où il était lui, et parfois un autre, où la solitude était parfois partagée, si rarement maintenant qu’il était à l’automne de sa vie !

Le lit tanguait ou c’était peut-être lui qui tanguait dans ce lit trop grand, comme lorsque, enfant, il montait dans sa chambre, en haut de cet escalier vertigineux, dans le noir, à tâtons. La tête lui tournait. Une ampoule de veilleuse diffusait une faible lumière, donnant aux objets des silhouettes effroyables, propices à l’éveil des monstres tapis dans l’ombre. Chaque soir il avait peur… Dans l’escalier, une petite fenêtre haute, trop haute pour qu’il puisse l’atteindre, donnait sur le jardin. Les soirs de pleine lune, les ombres des grands arbres s’agitant, ajoutaient encore à son angoisse. Et la fenêtre, toujours sur la clenche cognait, laissant le vent se glisser sournoisement, siffler ou gémir… Enfin il atteignait son lit glacial, le cœur battant, il s’y glissait, remontant le drap jusqu’au-dessus de sa tête pour trouver un peu d’apaisement. Quand les draps froissés retombaient sur lui, le silence lui faisait mal à la tête et le lit tanguait encore et encore, il était au bord de l’évanouissement mais finissait par s’endormir, en sueur. Parfois dans un état de veille, le rayon de lune filtrant par les persiennes lui laissait apercevait la silhouette de sa mère, comme ce matin… Il goûtait au délice d’un baiser trop rare. Il savait maintenant…

 

A suivre…

Ecrit en janvier 2016


Atelier d’écriture… Du côté du portrait…

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(Blond sur blond, c’est le début d’un portrait)

Regardez les blés couchés par le vent, blés blonds, blondeurs d’été, blonde chevelure où mes doigts se perdent sur les chemins de l’amour. Le blond se sème aussi sur l’espace blanc et lisse, taches minuscules, semis stérile sur la terre crayeuse. Elles se concentrent, se serrent dans leur blondeur sur les monts légèrement teintés comme pêches au soleil, rosissantes, joues potelées. Les blés blonds au-dessus des monts et vallées blanches parsemées de graines dorées, en pluie.

Champs de blé

(Le début blond [d’un portrait], la suite en lumière)

Regard arrêté par la lumière qui fleure à la surface, lumière du dedans qui réchauffe plus encore la blondeur de l’endroit lumineux, lumière qui émeut et donne au lieu pâle une autre chaleur, chaleur douce et blonde sous les blés blonds au creux de vallons parsemés de pluie de grains dorés. La lumière du dedans claire et verte éclaire ceux qui la voit.

(La suite en lumière, l’air de rien)

Les blés blonds au-dessus des monts et vallées blanches parsemés de graines dorées où une lumière mystérieuse du dedans éclabousse ceux qui la voit, submergés par les pulsions rapides battant très fort, très vite dans la poitrine du monde dans la gorge peu profonde. Là, après, un souffle d’air léger régulier va… et vient… en rythme, pareil au souffle de la brise, du zéphyr, souffle doux et câlin, sans violence il souffle, il rassure ou inquiète lais pas d’essoufflement en ce temps. Il donne vie au blés blonds du dessus des monts et vallées blanches, quand on se penche.

(L’air de rien, et la chanson de la vie)

Une lumière claire et verte, de l’intérieur. Définitivement du dedans. La brise douce et câline du dedans aussi, la chanson de la vie, douce ou grave, mélodieuse, chanson de l’intérieur, du dedans, qui monte à la surface, coule, roucoule pour être perçue, entendue, grince, gronde pour être orientée, toucher l’âme, chanson longue ou courte pour se faire connaître, reconnaître.

(La chanson de la vie, dis, tu m’as reconnu ?)

Dans le monde où la chanson de la vie est entendue par ceux qui le veulent,

Tes cheveux blonds où mes doigts se sont perdus,
Ta peau de pêche semée des taches de rousseur de ta jeunesse,
Tes joues roses pour mes baisers posés,
Tes yeux rieurs, fenêtres de ton âme, où je peux savoir
Ton nez fin, frémissant, où s’engouffre l’air frais et parfumé de mai,
Ta bouche qui balbutie quelques mots d’amour, qui rit, sourit,
et me laisse un souvenir de petite enfance.

 

 


La Maison Noble des Ondes et sa Seigneurie…

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Quelques recherches plus loin… Enfin !

Un moment d’émotion en publiant les premiers résultats de mes recherches sur la Maison Noble des Ondes et sa Seigneurie… En prime, un voyage à travers l’Histoire de la région, de la France, des familles qui l’ont possédée, qui l’ont habitée, qui l’ont fait vivre…

En premier lieu, des généalogies qui se mêlent, s’emmêlent, se démêlent… se croisent et parfois disparaissent au détour d’événements graves de notre Histoire, de la révocation de l’Edit de Nantes à une Révolution Française devenue trop sanglante…

Fief des Ondes : Plan terrier unique pour ce domaine. (Sources AD47 – Photo Joëlle W.)

Alors voilà mon histoire qui se mêle à leurs histoires…

Sur le territoire de la commune de Trentels (47), il y a d’anciennes demeures. châteaux, manoirs, fermes, il y a des grottes, il y a un moulin et des barrages sur le Lot, des « moulinates » sur les ruisseaux qui nourrissent notre campagne… Au lieu dit « Les Ondes », existe un manoir  et en retrait, dans la forêt, un chemin qui mène à l’ancienne moulinate sur le ruisseau de Fon Goudal. Entre la route départementale 911 et le Lot, la rive accueille un pont qui laisse filer des eaux résurgentes à fleur de falaise, eaux qui grossissent les jours de fortes pluies et passant sous la route s’échappent sous le pont vers le Lot. Une main habile y a sculpté croix et ciboires.

Le pont non loin des Ondes…

Il ne reste plus, de la seigneurie des Ondes pour se repérer, que des cartes peintes, magnifique monde mignature et coloré représentant le domaine, le manoir entier, des jardins suspendus, des pigeonniers et, sur le ruisseau Fon Goudal qui se jette dans le Lot, un petit moulin avec la maison du meunier.

D’après le dossier d’inventaire topographique établi en 2003, par Monsieur Alain Beschi, Conservateur du Patrimoine en Aquitaine, il semble que « les éléments bâtis subsistant [de la bâtisse d’origine] ne paraissent pas antérieurs à la fin du 15ème au début du 16ème siècle (en particulier la baie du second étage sur l’élévation antérieure ornée de 2 accolades…) ». Le dossier est consultable en partie sur la base Mérimée.

En partant de certains éléments du résumé d’Alain Beschi je mène mon enquête…

A suivre…

(Familles « de Lolmie » – « De Becays » – « de Paloque » – « de Roussanes ») .


Le lavoir oublié…

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Juste un panneau de direction…

J’en suis tombée amoureuse…

Impossible de le voir de la route, ni même d’avion…

Le lavoir de Lamensou ne peut pas encore raconter son histoire.

A peine une pancarte pour donner sa direction et après… Sur d’anciennes cartes, le nom, Laminsou, La Minsou. Tantôt à Monsempron-Libos, tantôt à Condezayques…

Quitter la route goudronné, S’enfoncer sur le petit chemin pentu. Le long du ruisseau le Rech qui cours vite, vite rejoindre sans aucun doute, le Lot.

Un pont qui parait trop grand enjambe le ruisseau. une énorme borne de pierre barre l’accès à la clairière.

Début d’hiver. Gamme de beiges et marrons au sol, immense mosaïque de feuilles mortes.

Quelques cris d’oiseaux qui profitent de la réserve LPO.

Il est là. Caché. Ses pierre à frotter hérissées pour qu’on le remarque un peu. Un gargouillis de l’eau qui se fraye un chemin. Obstacles menus et minuscules dans le canal de pierre. Branches, feuilles, herbes et mousses.

L’eau dans le lavoir semble dormir; Miroir encombré de mille choses. Quelques bulles, quelques vapeurs chevelées…

Les femmes descendaient laver le linge du château. Je les entends chanter dans les branches immenses des platanes centenaires.

 


Un drôle d’oiseau…

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La buse variable...

La buse variable…

Une vision, fugace.

Il est là sur la margelle du puits, le grand oiseau brun.

Il guette le souriceau imprudent, l’oiseau blessé, le lapin égaré…

Aurais-je le temps… d’aller chercher l’appareil photo… sur le buffet ?

A reculons, tout doucement, je passe la porte et…

Je cours attraper mon Canon… et je reviens.

pffff….

Mon cœur tape fort, d’émotion, d’excitation…

Et… Il est toujours là.

Pas le temps de me poser des questions, clic, clic.

Il tourne la tête, et … s’envole. M’a-t-il vu ?

Ces images de l’envol me laisse émerveillée.


Du côté de Bayonne…

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Au bout de la route de la Barre de l'Adour...

Au bout de la route de la Barre de l’Adour…

Du côté de Bayonne…

Juste un aller-retour…

Un seul jour, pas possible de toucher la mer, l’eau salée, de mouiller mes mains.

Non, pas le temps.

Juste l’apercevoir, la humer, l’admirer….

Et la vie quotidienne, les camions, les bateaux, les oiseaux…

En ville, une halte dans le quartier étudiant.

La rumeur, à peine.

A Bayone, rue vers le quartier étudiant...

A Bayone, rue vers le quartier étudiant…

Des rires et des bavardages.

Les minibus silencieux, électriques et jaunes.

Là, une placette.

En-cas au milieu de la jeunesse.

Et tu ris….


Le chat sur la terrasse…

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follette-en-terrasseAmie fidèle… Follette sur la terrasse goûte les derniers rayons de l’été indien…

 

LE CHAT ET LE SOLEILfollette-en-terrasse-2

Le chat ouvrit les yeux,
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux,
Le soleil y resta,

Voilà pourquoi, le soir,
Quand le chat se réveille,
J’aperçois dans le noir
Deux morceaux de soleil.

Maurice CARÊME

 


C’était arrivé…

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Inconsistance... Revenir à la vie...

Inconsistance… Revenir à la vie…

C’était arrivé. J’y étais. Mais où n’était même pas une question. J’y  étais.

No man’s land !

Impossible. C’était quoi ? Impossible de me tromper. Solitude totale et aveugle. Ou presque… Des ombres ? Des vapeurs d’ombres. Des vapeurs… Vaguement… L’infiniment petit ou l’infiniment grand ? Le gigantesque ? Les deux…

Me retrouver ? Tendre un bras… Inconsistance. Que le souvenir de ce que j’ai pu être. Ou bien quoi ? Rien. Il ne me reste rien. Je ne suis plus. Rien !

Mais il me reste la vue… Pour ne rien voir. Ce qui m’entoure n’est pas noir, du noir intérieur derrière les paupières… Il n’y a rien. Où suis-je ?

Mais il me reste l’odorat… Pour sentir, ressentir et par le nez, respirer ! Non… Ni l’air marin du port de Lendunvez et de ses algues découvertes par les flots tumultueux, ni celui de la ville où bitumes, déchets et poussière de parc mouillé par la pluie des forêts landaises n’arrivent jusqu’à mon nez… Un souvenir médicamenteux, effluves imperceptibles de résine des pins maritimes bordant à l’infini les allées de sable fin, relents légers de térébenthine forts, pénétrants, flirtent avec mes narines… A peine… Non. Que des souvenirs. Je ne respire rien.

Plus De vie ? Je suis morte ? Que du rien ? Du néant pour moi seule.

C’était quand ces vapeurs ? Et c’était quoi ? Mémoire primaire des besoins physiologiques.

Si je pense, je suis, non ? Si je suis, alors je suis comment et où ? Je suis un souvenir qui erre dans un no man’s land. Entre deux mondes, deux instants deux quelque chose. Deux « Moi », celui d’avant mal vivant, Celui d’après, inconscient.

L’ouïe. J’entends. Les « blop-blop » de bulles qui éclatent…

J’y suis arrivée. Je m’éveille à ma nouvelle vie d’autres souvenirs… Après les limbes, arrivée dans la vie de mon nouveau cœur…

 

 


Parmi les photos trouvées à la brocante…

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l-homme-assis-dans-le-jardin

Au dos de la photo : « Léon Prat, 22 ans, Août 1898 à La Rochelle dans le jardin de Mr Thierry »…

L’homme assis dans le jardin…

Premier regard… De la nonchalance. Non ! Plutôt une apparente tranquillité qui attire.

La quiétude d’une douce après-midi, en été peut-être…

Costume clair pour la saison. Et ce chapeau tombant sur le visage…

Fauteuil pliant en bois,  avec une toile de coton dont j’aperçois quelques rayures, façon « transatlantique ». De quoi rêver… J’adore ces photos anciennes et cette apparente douceur de vivre…

L’attitude du lecteur, juste pour la photo ? Je ne le saurai jamais, et pourtant, la prise de vue, a dû nécessiter un temps de préparation…

Le cliché est ancien. J’aimerai en savoir plus. Une indication au dos peut-être… Oui. Ecriture penchée et soignée apprise sur les bancs de l’école de jadis… Et bien qu’écrite au crayon mine, les lettres penchées sont encore bien lisibles «  Léon Prat, 22 ans, Août 1898 à La Rochelle dans le jardin de Mr Thierry »…

les-appareils-photos

sources : internet

Léon est immortalisé dans sa lecture. Il ne semble pas feuilleter un journal… Pourtant la presse du 30 août 1898 … Impossible d’ignorer que ce jour-là, le Colonel Henry se reconnait comme l’auteur du faux à l’origine de la condamnation de Louis Dreyfus. Ni d’ignorer l’actualité du lendemain, où le colonel Henry se suicide…Non. Je l’imagine plutôt plonger dans un roman d’aventure de Jules Verne, ou d’Arthur Conan Doyle… Vu l’épaisseur du document ce pourrait aussi être une revue scientifique ou un almanach… Dans la revue il aurait pu y lire la découverte par Gustav Witt, le 16 août 1898 de « 433 Eros »… Un astéroïde « géocroiseur » qui orbite près de la Terre… Il aurait appris que c’était le premier objet de ce type…

Mais finalement il ne fait peut-être que poser pour l’un de ses amis, ou  son frère ou un oncle !

Il se fait sujet pour une chambre photographique,  ancêtre de nos appareils photos !


Marie sur l’ile…

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Marie sur l’ile

(Sources : http://fr.wikipedia.org/wiki/Doris_(bateau)#mediaviewer/Fichier:Winslow_Homer_-_The_Fog_Warning_(1885).jpg)

(Sources : http://fr.wikipedia.org/wiki/Doris_(bateau)#mediaviewer/Fichier:Winslow_Homer_-_The_Fog_Warning_(1885).jpg)

La rumeur… incessante… suivant l’heure du jour, la saison… se fait proche ou lointaine, douce ou coléreuse… La rumeur toujours présente où qu’elle soit sur l’ile.

Combien de fois a-t-elle remis son départ de l’ile, vers les siens, sa famille d’avant, d’à terre… Depuis que Louis, son Louis n’était pas revenu de sa dernière campagne de pêche, Marie aurait dû retourner vivre sur le continent. Elle ne pouvait s’y résoudre.

Et si un jour il revenait ? Parce que cela s’était déjà vu un pêcheur qui revenait de longues années après avoir été recueilli, sauvé, mémoire perdue ! La chaloupe avait disparu ? Pas de trace de naufrage. Rien. Les compagnons rentrés ne savaient quoi lui dire… Elle, elle était restée comme çà, avec, pour vivre, ce grand mouchoir blanc au fond de sa poche, trempé de ses espoirs, de ses chagrins.

Elle est droite dans sa blouse grise. Un fichu noir, d’où quelques mèches blondes agitées par le vent s’échappent, retient ses longs cheveux dans une sorte de chignon. Elle est droite, face à la mer. Le soleil n’est plus loin de la ligne d’horizon qu’elle scrute encore et toujours. La main gauche en visière, elle plisse les yeux cherchant de toutes ses forces la silhouette familière du bateau rentrant au port. Ses lèvres remuent. Prière aux éléments, inaudible, sans pleurs, hors des sanglots de ses nuits…

 Le retour de son homme, elle le vit chaque soir à l’heure du dîner.

Toujours deux couverts sur la table près de la fenêtre. Toujours un regard sur elle, la mer, éternelle maitresse des marins de tous les temps.

Assise devant l’autre couvert. La serviette bleue de Louis attend sagement dans l’assiette creuse. Elle lui dit alors, son angoisse du temps d’automne, les tempêtes et les pluies… Les longs moments de solitude, elle ne lui dit plus. Elle connaît sa tristesse de la quitter. Elle reprend, parle de son quotidien, de sa voisine qui vieillit, des menus travaux d’entretien, de la barrière qui a claqué trop fort après le dernier coup de vent et une charnière est à remplacer… Elle meuble le silence. Son silence. Le tic-tac de l’horloge.

Louis lui répondra quelques mots essentiels qu’il accompagnera de signes de tête, de gestes des mains… Ses mains… Calleuses et tendres… Et la moue de sa bouche… Juste avant de donner son avis, bref et sûr. Les mots sont rares, mais c’est comme cela depuis toujours. L’économie des mots, comme sur la chaloupe dans cette pêche errante…

Alors, elle verse la louche de soupe fumante dans l’assiette creuse, pince ses lèvres, retient ses larmes. Il ne voudrait pas qu’elle pleure.

La charnière attend toujours d’être remplacée. La voisine est morte depuis trois mois. De moins en moins de bateaux de pêche quittent le port de l’ile et l’automne n’en finit plus.