Catégorie : Parenthèse romanesque

Elle sait que l’attente est un cruel supplice…

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Une photo, encore une fois, comme prétexte à quelques vers…

Elle s’est attardée à finir sa toilette...

Elle s’est attardée à finir sa toilette…

Elle sait que l’attente est un cruel supplice,
Qu’il doit souffrir déjà, qu’il faut qu’elle accomplisse
Le serment qu’elle a fait d’être là, vers midi.
Mais, parmi les parfums du boudoir attiédi,
Elle s’est attardée à finir sa toilette.
Et devant le miroir charmé qui la reflète,
Elle s’impatiente à boutonner son gant ;
Et rien n’est plus joli que le geste élégant
De la petite main qui travaille ; et, mutine,
Elle frappe le sol du bout de sa bottine.

François Coppée

François Coppée 1842-1908 (1895).jpg
François Coppée 1842-1908 (1895) » par Paul Chabashttp://www.1st-art-gallery.com/Chateau-De-Versailles-France-4.html. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.


Aube d’été

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Aujourd’hui temps maussade…
Lecture d’œuvres poétiques pour calmer la nostalgie de soleil. Et je reste bouche bée à la lecture de cette « Aube d’été » qui ressemble à certains de mes réveils dans ma vieille maison, étés lointains, le temps passe si vite … Des matins d’été qu’il me tarde de retrouver bientôt !
Soleil, fait un effort ! Reviens !

Aube d’été

- La fenêtre est grande ouverte Avec le store baissé...

– La fenêtre est grande ouverte
Avec le store baissé…

Je n’ai pas ouvert les yeux,
Et je sens que le jour point.
Mon corps reste dans le lit,
Mais mon âme est déjà loin. 

Elle goûte parmi l’aube
Un bonheur aérien,
Et revient de temps en temps
Me rappeler que j’existe.

La fenêtre est grande ouverte
Avec le store baissé.
Je suis baigné du même air
Que les feuilles et les nids.

J’ai ouvert aussi la porte :
J’aperçois dans le couloir
Ce premier rai de soleil
Qu’aucun pas ne trouble encore.

On dirait que les oiseaux
Chantent tous dans le même arbre,
Et j’entends le bruit d’épingles
De leurs pattes sur les toits. 

On arrose la chaussée ;
Mes draps semblent plus frais.
Je sens l’odeur du savon
Qui est près de la cuvette. 

- Le fleuve s'est rajeuni D'une eau qui a traversé Les campagnes et...

– Le fleuve s’est rajeuni
D’une eau qui a traversé
Les campagnes et…

On n’a pas encore marché
Sur le sable des jardins,
Et toutes les rues sans hommes
Sont pareilles à des routes.

 Le fleuve s’est rajeuni
D’une eau qui a traversé
Les campagnes et la nuit.
Remorqueur tu peux chanter. 

Le canal n’a plus de rides :
Marinier, tu peux partir.
L’aube est pleine de voyages
Qui ne devraient pas finir !

Georges Chennevière
Tiré de Oeuvres poétiques. Préface de Jules Romains
En savoir plus : 
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Des « mots-valises » pour un air de bonheur…

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Le petit matin a cela d’extraordinaire, après une bonne nuit de sommeil, c’est qu’il apporte la paix, un éclairage sur les jours difficiles passés, enfuis, et surtout, la promesse d’un nouveau jour chargé de petits bonheurs parfois minuscules, pour un sourire caché dans un regard, pour un bonjour lumineux jeté par la portière d’une voiture avec une main qui s’agite, pour la chanson qu’un enfant fredonne en rentrant de l’école et que vous croisez sur la route du village…

2014-03-11 10.14.33

J’ai retrouvé au fond d’un carton déménagé il y a quelques mois déjà,(j’en déballe un de temps en temps), un petit ouvrage qu’une artiste m’a offert… C’est un « FICTIONNAIRE ». Je suis sure que cela vous plaira… je vous offre deux de ces « mots-valises » et leurs définitions, juste parfaites pour illustrer mon texte de ce matin….

Il y a de belles nuits, de ces nuits qui donnent aux matins de belles inspirations…

C’est un air déjà entendu qui s’installe en elle, la nuit, familier peut-être mais elle n’arrive pas à le fredonner, il lui manque quelques notes chaque jour au petit matin, des notes absentes qui la font buter, s’arrêter, recommencer, et s’éveiller finalement. Elles étaient là, c’était sur et pourtant, il ne lui reste que des bribes, un air inachevé…

Un matin, différent, est arrivé, un jour qui compte, un jour de fin d’hiver, de fin de quelque douloureuse impression, un matin clair, frais de doux réveil… La mélodie obsédante et imparfaite, ne la fuit plus, même si, comme chaque matin, elle la visite avant qu’elle ne se réveille, elle en est sure, ce matin-là, l’air est là… Le creux de son oreille s’en souvient, 2014-03-11 09.33.44mais il est encore si loin, lorsque les derniers voiles du sommeil la quitte…

C’est comme ses jours… Ils ne sont plus les même ses jours… Ils sont comme ces moments d’avant fête, existants dans l’attente du merveilleux… Elle se surprend, parfois, par quelques notes lancées aux vents des jours qui passent… Ils lui renvoient des notes, les notes qui lui manquaient, peut-être, et l’air de ses matins, oui, celui qui était si loin, si familier et si inaccessible, qu’il en devenait obsession, cet air enfin s’approche un peu, s’accroche là où il peut… Chaque jour un peu plus. Il glisse dans son oreille, comme un murmure et tendrement se pose au creux de son âme, s’étire comme si lui aussi sortait du sommeil, ôtant de son impalpable corps, 2014-03-11 09.32.39tout le superflu, le déjà jamais vu, le douloureux, l’insupportable, et l’air se met à grandir, à grandir là, au berceau de ses pensées, à chaque battement de cœur, à chaque bouffée d’air… Elle l’entend en elle…il est en elle comme un désir, un secret et prend ses aises….Grandissant encore, envahissant de toutes ses forces, l’espace qu’elle lui offre maintenant, délicieuse sensation d’une mélodie disparue, comme un ressac, il l’éloigne et la retient tour à tour et l’air l’habite tout entière. Elle est si bien, elle n’a même pas conscience qu’elle fredonne paisiblement ces notes d’un bonheur nouveau, ce tout nouvel enchantement…

Belle journée, avec soleil et douceur de vivre…