Catégorie : L’histoire de Jeanne et des autres…

Une histoire dont je ne connais pas encore le titre…(suite 4)

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Etienne Dangeros, homme dont la noblesse est dans le cœur et non dans son allure qu’il a un peu grossière, lui réitère ses propos. Il croit encore pouvoir influer les décisions prises par ses amis lors du souper. Il a du mal à admettre la solution unanime et sensée qui a résulté des discussions. François se rappelle ses arguments et lui avoue que si la saison d’hiver n’avait pas tant duré, il aurait soutenu son raisonnement logique et fondé. Mais le temps n’est plus à la réflexion, il faut agir et vite.

empreintes dans la neigeLa nuit est glaciale, comme toutes celles qui l’ont précédée depuis plus de quatre mois. Il a su argumenter pour aider ses gens et ceux du village. La faim et les maladies font des ravages et il ne se trouvera bientôt plus personne de valide quand sera venu le temps du travail de la terre, quand celle-ci acceptera de nouveau les blessures des outils des mains des hommes pour nourrir tout ce qui vit. Le curé dit des messes mais le Ciel, Lui, ne l’entend pas. Les familles prévoyantes ont épuisé presque toutes leurs réserves, et les brassiers et autres bergers dans leurs cahutes, meurent sans assistance, sans secours, sans plus de force pour trouver de l’aide.

Les réserves de ses propres terres qui ont si bien rendu, sont encore convenables pour une situation de pénurie comme il la vit cet hiver. Les seigneuries alentours, les Ondes, Fumel, et autres lieux se sont eux aussi bien débrouillés, mais dans leurs villages et hameaux, les mêmes fléaux font rage, le froid engloutit les hommes ; certains hameaux se sont vidés, laissant agoniser les rares bêtes décharnées restées sans soins. Personne pour traire ou nourrir, c’est la mort assurée.

Les chefs des domaines se sont ligués ce soir, pour une bonne cause, pour permettre de soulager la misère des pauvres bougres s’il n’est pas trop tard…

Ils se sont entendus, autour de la table du souper, sur une mise en commun d’une partie des provisions tant pour les hommes que pour les bêtes et la redistribution aux populations. De cela, François qui aime ses gens, est fier. Un argument de poids les ont décidés ces coquins de chevaliers, la peur de devoir se mettre eux-mêmes au travail de la terre, et vraiment, cela ne se fait pas chez les gens de leur condition et de toute façon, ils ne possédaient pas le savoir-faire.

Metge, le régisseur du domaine, irait à Penne dès demain matin chercher le notaire de Trentels qui a déserté pour l’hiver le village et a élu domicile dans sa propriété douillette de la ville. Il mettra noir sur blanc cet accord entre eux. François est juste un peu tracassé par la réaction d’Etienne qui n’a pas tout de suite accepté et qui ne cesse de revenir sur la discussion comme en ce moment.

Son argument majeur est que le peuple sera demandeur tous les hivers de ce privilège de redistribution des réserves et il estime que ce qui est dû aux maîtres ne peut être restitué aux paysans… Mais heureusement, dans sa sagesse, le vieux Gratien de Roussances l’a sermonné et a appuyé les arguments de François. De cela, il lui est redevable et il s’en réjouit. Lors d’une prochaine chasse, il le laissera prendre les devants et lâcher sa meute de chiens afin de ramener un cerf majestueux des bois du domaine du Rouets.

Pour l’heure, François prie ses convives de rejoindre leurs chambres. Les servantes ensommeillées, après avoir clos les fenêtres des volets de bois peints et tiré les tentures épaisses d’hiver, ont bassiné les draps et posé les chaufferettes sur le bord des pierres de l’âtre où brûlent quelques bûches pour la nuit. Après avoir aidé les dames à se mettre au lit, elles regagnent la grande cuisine où elles se serrent les unes contre les autres, toutes habillées, à même le sol. Une jonchée de paille épaisse les isole à peine du sol. Trop fatiguées, leurs compagnes de charge ne protestent pas de cette invasion, se tournent et se rendorment non loin de l’âtre où rougeoient de grosses braises.

IMG_0172 chateau de Laval TrentelsLe temps pour François de rejoindre sa dame de cœur, le silence glacial du dehors recouvre de son grand manteau tout le château et ses habitants.

Alors, il recommence à rêver tout éveillé, préférant s’égarer vers les sentiers heureux et repoussant loin derrière les visions de cauchemars du moment. Il repart vers l’été dernier, vers cette fête prestigieuse pour l’entrée officielle dans « le monde » de Marie, sa plus jeune sœur. Il revoit la terrasse apprêtée pour l’occasion, les petites tables rondes disposées avec goût sur les directives de son épouse. Des chaises sont disposées, tantôt autour des tables, tantôt, un peu à l’écart pour de discrètes conversations, ou une cour assidue…

Il admire toujours cette précieuse tapisserie choisie par Elisabeth et qui recouvre tout ce qui permet de s’asseoir ; ce tissu merveilleux emplit son logis, décliné en divers tons suivant les tentures en place et les tonalités des bois. Il pense à Limousin, heureusement croisé. L’ancien colporteur qui l’avait livré, si discrètement. Belle surprise pour sa dame.

Limousin ! Quel homme précieux. Comment s’en sortait-il ?

Cela faisait pas loin de trois mois au moins que les deux hommes ne s’était plus vus.

Ses pensées glissèrent à nouveau vers le printemps dernier, les préparatifs des fêtes de l’été…Sur le grand chemin de Monsempron il avait croisé Limousin ramenant de Bergerac la commande de Madame d’Albert. Il pouvait lui livrer directement au château s’il le souhaitait. Cela lui éviterait le détour pour déposer le colis à l’auberge… Le colis était bien volumineux !

bandeau chateau laval peintureL’ancien colporteur a développé son petit commerce de transport et livraison et s’est établi. Familier du village il fréquente un peu la Jeanne qui tient l’une des auberges du pays, établissement bien propret, « Aux Trois Marches », adossé à l’église de Ladignac. Les vastes bâtiments qui jouxtent son modeste établissement permettent une activité secondaire de relais-poste à chevaux. Mais peu de cavaliers ou d’attelages passent par le village, plutôt des colporteurs, des pénitents…Ils viennent du grand chemin menant à Saint-Jacques de Compostelle, passant par l’étape de Penne. Les marcheurs, hommes femmes et enfants, de toutes conditions, unis par leur volonté de pénitence, parvienne tant bien que mal aux Trois Marches. Ils sont à bout de force, envoyés par les maisons étapes de Penne qui ne peuvent les recevoir faute de place. Alors la Jeanne sait s’y prendre et réconforter les malheureux pêcheurs, avec force de panade, de vin clair et d’une couche de paille fraîche.

La Jeanne loue aussi une grande partie des bâtiments à Limousin comme entrepôt.

Au fond de son lit, François est de nouveau préoccupé : la jeune Marie, sa sœur chérie, si délicate et sensible, est revenue ce soir, à nuit tombée. Ce n’était pas prévu qu’elle revienne si tôt, et surtout pas de ce temps-là ! 

Résidant depuis la fin de l’été au Château de Madaillan, chez sa tante et marraine Catherine de Fay, Marie avait souhaité passer quelques temps pour confectionner son trousseau et préparer son mariage avec le jeune Jean Gaston de Saint Oursy. Aucune nouvelle récente n’est parvenue pour annoncer son retour !

Pourquoi s’est-elle enfermée dans sa chambre avec sa jeune servante, sans un mot. Il a juste eu le temps d’apercevoir son minois blanc, si blanc et ses yeux d’animal blessé… Pourquoi ?… Pourquoi cette souffrance ?

Il faut attendre demain pour en savoir davantage ! Sans même s’en rendre compte, il sombre brutalement dans un sommeil sans rêves.


Une histoire dont je ne connais pas encore le titre… (suite 3)

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Château de Laval – Hiver 1784.

 PARTIE CHATEAU LAVAL TRENTELS

Les discussions vont bon train dans la salle où l’on vient de terminer un repas frugal mais convenable en ces temps difficiles… Le seigneur des lieux, François et sa femme Elisabeth, ont réuni leurs voisins les plus proches. Il y a là Monsieur de Roussanes, vieil homme charmant et depuis quelques années, propriétaire du Château des Ondes, Monsieur Etienne Dangeros résidant actuellement au château des Roques, Monsieur et Madame Pierre de Pontajon, riches propriétaires – mais de noblesse récente et incertaine, dit-on – du château de la Chapelle Trentels.

Pour les d’Albert de Laval, il faut rapidement mettre en place une stratégie pour « sauver » de la faim et du froid les villageois et ceux qui logent sur leurs terres. On est en avril et la terre ne dégèle pas, les champs emblavés tant bien que mal juste avant le début de l’hiver n’ont rien donné à ce jour. Rien non plus sur les arbres, rien dans les champs. L’année à venir risque d’être difficile, année de famine, d’épidémie et autres grands maux.

L’heure est grave et les discussions rudes.

Les dames présentes lors du souper ont quitté la table et se sont réunies autour d’une cheminée bien fournie ou le petit bois a fini de se consumer et de hautes flammes s’attaquent maintenant aux grosses bûches. Production de lumière et de chaleur, dans le petit salon bleu, l’un des plus faciles à chauffer. De proportions harmonieuses et assez bas de plafond il est, comme chaque pièce du château, meublé avec goût ; il propose aux visiteurs fatigués de charmantes bergères à médaillon ou de légers canapés dont les dossiers en cabriolet permettent aux robes imposantes de trouver leurs places. Quelques chandeliers en argent posés sur une commode large à trois tiroirs, adossée au mur face au foyer, éclairent un peu les angles restés dans la pénombre. Chaque objet a son double sur un mur ou sur un autre, ombres vivantes, création née du caprice des flammes. L’ambiance est chaleureuse.

Dans le salon contigu, une belle flambée chante dans une cheminée plus haute et plus large. Un homme debout peut se réchauffer sous son large manteau où l’un des petits bancs de pierre subit régulièrement la visite de l’un des plus vieux chats de la maisonnée.

Adossé à cette cheminée qui porte les armes de sa famille, François, le regard perdu, tourne la tête vers la fenêtre fermée par de grands volets intérieurs en bois peint. On y a ajouté des tentures épaisses. Il est soucieux. Ses sourcils bruns et fins sont froncés au-dessus de ses grands yeux bleus. Il frotte son menton de sa main soigné. Il songe qu’en ces mêmes lieux, l’été dernier, certains de ses amis étaient là, venus pour les fêtes d’anniversaire de sa plus jeune sœur, la si jolie Marie.

Il faisait si beau, si chaud. L’air était chargé des parfums des derniers foins coupés…

Il pense à ses amis, sa famille, insouciant alors, devisant paisiblement à la lueur des flambeaux, écoutant distraitement les musiciens engagés pour l’occasion. Trois jeunes musiciens interprétaient des airs légers, faisant rêver jeunes gens et jeunes filles friands des nouvelles de Paris d’où, prétendaient-ils, ils étaient originaires.

L’an passé, il avait eu l’occasion de se rendre à Paris, lui, porteur d’un billet de doléances au sujet d’une parente lointaine dans le grand besoin. Sa position dans l’assemblée de la Noblesse de la région, faisait de lui l’une des personnes sur qui l’on pouvait compter et peut-être serait-il écouté à Versailles ?

bandeau chateau laval peinture


Une l’histoire dont je ne connais pas encore le titre… (suite 2)

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HEURTOIR-GROS-NB-reduitIl est tenté de regagner son logis par la porte de la sacristie et enfin se mettre au chaud. Mais il se dirige résolument vers la source du bruit pour vérifier si quelqu’un n’est pas mal en point de l’autre côté de l’immense porte de bois. Haute comme deux hommes, les battants sont très lourds. Aux grandes occasions on les ouvre, faisant fonctionner alors la serrure à crémone, débloquant le haut et le bas de l’immense ouvrage…

Dans le battant de droite, une porte plus petite, où lui, entre ou sort courbé, permet des entrés plus discrètes. Le père Louis déverrouille le panneau de bois à l’aide de la grosse clef qui reste toujours sur la serrure, à l’intérieur. Malgré sa force, il doit s’y prendre à deux mains pour  la faire fonctionner… Les gonds crient en cassant la fine pellicule de glace recouvrant le métal. S’enveloppant de sa pèlerine de laine jetée sur ses épaules, le père Louis passe la tête dans l’entrebâillement. La nuit est noire, aussi noire que de l’encre, de cette encre noire dont il se sert pour écrire les évènements qui régissent la vie courante du village, les naissances, les mariages et les enterrements. Il écrit parfois ce qui lui passe par la tête, les caprices du ciel, des vents, des pluies, ceux de la neige, et parfois aussi les épisodes gais ou graves de ses ouailles. Ces temps-ci, il n’a pas pu se ravitailler et le peu d’encre qu’il lui reste, est délayé avec de l’eau. Le résultat donne des débuts de textes plus noir et ceux-ci filent en dégradé de noirs délavés, jusqu’à ce qu’il retrempe sa plume dans l’encrier. Pour le papier, c’est pareil. Il réutilise les feuilles qui laissent apparaître la plus petite surface non noircie de son écriture fine et régulière. Les pages se recouvrent ainsi d’une jolie mosaïque d’écritures.

Que cet hiver était long !

L'aube

L’aube

Quand il sort sur le parvis, il serre sa cape sur sa poitrine. De son cœur, il entend toujours les battements redevenus réguliers. Pas un bruit. Il se trouve suspendu dans le temps et dans l’espace. Rien ne bouge… Enfin presque. Un imperceptible frôlement comme une main sur un tissu parvient à le faire douter de ses oreilles. Parfois, quand le silence est total, comme dans cette nuit finissante, la pensée recréée des bruits familiers, le souffle du vent dans les branches d’un arbre, le trottinement d’une musaraigne qui se hâte vers son logis ou quelque autre petit bruit rassurant. Non ce n’est pas son imagination. Il entend bien ce frottement, à sa gauche, à hauteur du bénitier creusé à même l’une des grosses pierres dans l’arche du portail. A cet instant il regrette de ne pas avoir emporté une chandelle allumée. Il s’approche tout de même de ce bruissement et à tâtons cherche le bénitier. Ses yeux s’habituent à la nuit. Le ciel montre les signes de l’aube. Mais les bois alentours dont les arbres bien serrés tendent leurs branches encore plus sombres vers le ciel, empêchent l’homme de recevoir cette clarté naissante. Il est comme un aveugle, l’un de ceux qui espère toujours voir car ils perçoivent les couleurs, les lumières…

Ses mains engourdies trouvent enfin le rebord de la cuvette vidée à l’automne, pour que la pierre ne souffre pas du gel de l’eau bénite. Et soudain, dans ce désert de glace et de silence, il effleure un panier en corde tressée, bien rebondi, surement bien garni. Le frôlement persiste. Il comprend qu’un grand pan d’un tissu clair s’agite avec le courant d’air à cet endroit. Il imagine cette bonne âme qui le ravitaille sans doute d’une belle volaille, et pense tout haut :

-« Je prierai pour elle ! »

Tout content, le père Louis ne cherche pas à comprendre, ne se pose plus de questions. Il saisit les anses souples du cabas qu’il ajuste sur son épaule et qu’il recouvre de son manteau. Retournant dans l’église, il en referme la porte, donne péniblement un tour de clef. Il marche vite, presque courant, avec précaution néanmoins pour ne pas se prendre les pieds dans sa robe. En atteignant la sacristie dans laquelle il s’engouffre, il tourne encore une clef. Rouge d’émotion, il s’affale sur l’unique chaise et souffle un grand coup.

Après avoir laissé son cœur s’apaiser à nouveau, il consent à entrouvrir sa cape, pose sa grosse main glacée sur le paquet tiède au milieu du cabas, se surprenant à rêver d’un bel oiseau déposé par l’un de ses paroissiens, peut-être en remerciement des nombreuses messes dites pour voir revenir un temps plus clément ???…

Il s’applique à défaire ce butin emmailloté dans divers tissus doux et laineux, écarte encore des linges et sa grande main froide s’aplatit sur une chair encore tiède, ce qui eut pour effet de déclencher un cri de surprise mêlé de colère du petit être enveloppé. Soudain il prend la mesure de sa trouvaille. C’est un bébé….


Une l’histoire dont je ne connais pas encore le titre… (suite 1)

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Suite…

Rayon de lumiere sur legliseOn était en avril pourtant. Le froid persistait toujours. Il s’accrochait au sol, empêchait la moindre pousse de verdure de sortir ver la lumière. La terre était tassée par le gel qui emprisonnait chaque branche, chaque rameau, interdisant aux bourgeons de paraître ! Ceux venus avant l’hiver, prêts à éclore aux premiers rayons du timide soleil de mars, se racornissaient, noircissaient, devenaient poussière si l’on s’en saisissait.

La Françoise de « Lascombès » lui avait rapporté que les vieux, ceux qui pouvaient encore se déplacer aux rares veillées, ne parlaient plus que du froid. Les « r » roulants, ils disaient que pour leur vie d’homme, ils n’avaient rien connu de pire, que pour sûr, c’était une malédiction du Ciel, de Dieu, que la famine guettait le village tout entier, qu’ils ne reverront jamais plus le soleil… D’ailleurs, le dernier colporteur qui s’était aventuré jusqu’ici, avait confirmé que partout où il était passé, c’était la même situation, le même désastre…

Navré des dires de ses ouailles, le père Louis se débarrasse de sa chasuble sur le prie-Dieu de la sacristie, pose délicatement le reste des accessoires sur le dessus du grand bahut et dans la penderie de bois blond. L’hiver, il passe sa chasuble de messe et l’aube en dentelle du dessous, sur ses habits ordinaires, une soutane noire et lustrée. Il espère ainsi mieux lutter contre le froid.

HEURTOIR GROS NB reduitAvant de ranger ses habits de messe, il s’affaire à enfermer le ciboire en argent ciselé et la coupelle argentée, dans le deuxième tabernacle, celui de la sacristie, laissant juste une hostie consacrée dans celui du maître-autel. Il ferme délicatement la porte de bois ouvragé quand il sursaute, surpris par le bruit de tonnerre de l’anneau en fer sur le battant de la grande porte de bois de l’église. Son cœur s’emballe. Il n’entend plus que lui. Ses battements tapent jusque dans sa gorge, provoquant une sensation d’étouffement, sa tête devient lourde et ses oreilles se mettent à bourdonner. La peur ? La surprise ? Il ne saurait dire. Et tandis que l’écho du sinistre bruit n’en finit pas de résonner jusque dans la sacristie où il se tient, il tente de capter le reste des bruits, ceux furtifs d’étoffes, ceux de sabots raclant la pierre des grandes marches devant le portail. Mais rien. Il se hâte de suspendre, l’aube et la chasuble tout en continuant sa réflexion.

Quelle main a fait cela ? Qui vient si tôt et pourquoi ? Un voyageur égaré ? Ce n’est pas un temps pour voyager ! Est-ce pour le baptême d’un nourrisson mal en point, les dernières volontés ou le désir de confession d’un mourant ? Les questions fusent dans sa tête qui lui fait mal, et le sang, derrière ses tympans bouillonne toujours. Le silence revenu, il se demande s’il n’a pas imaginé ce bruit. N’est-ce pas le ciel qui l’avertit de quelque terrible nouvelle ?


Une histoire dont je ne connais pas encore le titre…

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Et si nous commencions par le début de l’histoire… Pour retrouver le père Louis…
Il n’est pas le personnage principal, mais je ne vous en dit pas plus…

Bonne lecture !

Première Partie

Eglise de Saint-Etienne de Laval – 10 avril 1784

 –  « Que va–t-il donc se passer ? Les saisons ne reviendront-elles jamais comme avant ? Ce froid va-t-il décimer longtemps encore mes «enfants» ? Oh ! Dieu ! Toi qui es mon berger, guide-moi pour les rassurer ces enfants que tu m’as confiés ! »

Les lamentations du Père Louis atteignent la voute de l’église dans laquelle personne ne vient plus depuis des semaines.

IMG_4415 en NB DETAIL EGLISEL’homme, un solide gaillard de deux mètres, bien bâti, est habitué aux tâches rudes par tous temps, travaux des champs ou défrichages. Il n’a pas l’air de ce qu’il est, un simple curé de campagne. Une chevelure bouclée encadre un visage ouvert. Sa peau est brune, tannée. Ce qui attire, c’est son regard bienveillant. D’un échange muet nait invariablement de la sympathie. Rien à faire pour échapper au rayonnement vert des yeux de chat qui percent l’âme. Il captive et force le respect, même pour les plus obstinés de ces paroissiens.

De sa bouche charnue et légèrement bleuie par le froid, s’échappent des volutes tièdes et légères qui, tour à tour, apparaissent et s’évanouissent. L’écho des bruits de l’homme solitaire, semble se figer dans la pénombre puis, revient résonner tout bas mais longtemps dans les oreilles du curé.

Sa messe dite en vitesse, le père Louis a hâte de retrouver le confort modeste de son presbytère. Il déplore que ces lieux de prière soient si inhospitaliers. Pourtant, l’été, quand les rayons du soleil sont au zénith, qu’ils brulent la peau et torturent les paysans aux champs, quand l’envie de fraicheur devient vitale, ils savent venir s’y ressourcer, même s’ils ne prient pas tous, ils viennent…

Pour l’instant, le Père Louis étouffe les deux cierges des grands candélabres de cuivre patiné par le temps. Il replace les chandeliers de chaque côté du tabernacle, chandeliers qu’il a l’habitude d’allumer avant chaque messe du matin, les rapprochant pour pouvoir lire plus confortablement avec toute la ferveur de sa foi, les textes saints. Tout à ses affaires, il songe au breuvage réconfortant qui doit l’attendre.

La vieille Marie, sa servante depuis toujours, insiste chaque matin pour lui préparer un semblant de soupe pour son retour de messe. Mais le potage tiédit vite au contact du grand bol froid. Certains jours, au début de l’hiver, elle ajoutait une pomme sèche, mais il n’y a plus guère dans la réserve. Hier, la soupe, bien trop liquide à son goût. Peut-être qu’aujourd’hui, elle aura enrichi le bouillon -qui avait été gras-, de feuilles d’orties séchées cet été. Une riche idée de les avoir conservées pendues par les tiges en bouquet dans la soupente aux réserves ! Le dernier bouquet toutefois. Et il s’émiettait… Pour l’épaissir un peu, elle y aura cassé un œuf. Une chance, quand l’une des six poules restantes réussissait à pondre. Il se félicitait d’avoir mis les poules en sureté. Pour les protéger et limiter leurs escapades, il avait aménagé un carré avec perchoir et pondoir dans la réserve de paille et de foin, réserve qui malheureusement, elle aussi, s’amenuisait.

 


Le 10 avril 1784, sur le coteau, près du village tranquille…

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Un article jamais envoyé.La Dame de Ladignac est parfois bien timide…
Il est tiré d’un « roman » inachevé bien sûr… Et depuis ma participation aux ateliers d’écriture de la Maison de Lustrac (hameau de la commune de Trentels-Ladignac), je me suis rendu compte qu’il y a de la réécriture à faire.

Mais pour l’instant, faites connaissances avec quelques-uns des personnages… Si vous le voulez bien !
A vous lire un de ces jours…
Amicalement,

LA GRANGE DE VIDALC’est en revenant vers la maison, après avoir nourri les bêtes de quelques poignées de foin, que Catherine l’aperçoit. Le père Louis, venant de Ladignac est arrêté là, à l’entrée de la cour devant la ferme. Elle n’en revient pas de le voir là, comme s’il l’attendait… Sur son flanc, une grosse bosse.

– « Ben M’sieur l’curé, ce n’est pas l’temps pour rester déhors !…Qu’est-ce qui vous amène si tôt ?  …Entrez… Mais entrez donc vous mettre au chaud !»

Le père Louis ne se fait pas prier. Jean qui guette le retour de Catherine, ouvre la porte. Les petits curieux sont encore sous la couette familiale dans le lit à rideaux. Ils dorment et c’est bien ainsi. Après les salutations d’usage, le couple propose de partager la soupe. Mais Louis qui accepte bien volontiers, décide d’aller droit au but. Avant tout parler de son jeune fardeau.

Louis libère son épaule du panier qu’il pose sur la table et attrape la petite Jeanne qui se réveille, pas du tout contente, et pousse des cris de désapprobation. Catherine et Jean sont surpris, mais se penchent sur la petite, tous deux attentifs aux pleurs.

–       « C’est une petite tombée du nid, abandonnée !  Et rien dans ses linges, aucune petite chose qui m’permette de savoir ses père ou mère pour l’instant… dit Louis. Et comme tu vois, je suis bien en peine de faire quelqu’chose pour elle. La pauvrette doit être bien affamée…  J’l’ai nommé Jeanne. Le baptême c’est pour dimanche à la grand’messe, reste juste à lui trouver parrain et marraine ! »

givre dans la campagne reductionCatherine, spontanément lui donne la réponse attendue. Il ne s’est pas trompé le père Louis, c’est la bonne mère adoptive pour sa petite protégée.

            – « Mais qui va lui donner le sein à cette petiote ?» s’empresse de dire Catherine qui n’en peut plus d’entendre Jeanne qui pleure de faim maintenant. Elle prend la petite dans ses bras et de la tête, invite les deux hommes à se mettre à table, et spontanément défait les liens de son lainage et ouvre sa chemise. La petite bouche ne cherche pas longtemps la poitrine généreuse de Catherine. Elle la guide à peine… S’ensuit un bruit régulier de succion qui rassure l’assemblée.

–             « Mon père, on garde la p’tite. Le Jean et moi, on la prend… si vous voulez bien ? ».