Catégorie : <span>Le temps qui passe</span>

Se surprendre à dire « Maman » un dimanche de pluie…

Share Button
Non loin de Guérande - 2017

Non loin de Guérande – 2017 – un dernier rêve…

Se surprendre à dire « Maman » un dimanche de pluie. Un dimanche mouillé d’avril.

Il n’y a que moi qui m’entend le dire. Le mot ne rebondit plus sur elle et ses yeux au tendre bleu, égarés dans la cécité. Nous voir, c’est nous entendre. Vide absolu.

« Maman » s’évapore. Bulle de savon s’éloignant, montant vers… là-haut. Sans un mot. Elle s’efface peu à peu encore d’aujourd’hui. C’est une évidence.

Reste le mot, en suspens, comme la bulle de savon. Petite chose fragile ou la lueur de vie vacille.

Reste des pensées, des rêves et des cauchemars d’une longue vie qui disparaît avec ses secrets, ses non-dits, ses mystères. Plus de témoin non plus.

Dire « Maman » encore une fois, pour qu’elle tourne la tête dans un ralenti qui ne finirait jamais, recevoir les mots d’amour de l’enfant pour toujours.

Dire maman souvent, sans verser de larmes sur ce mot désormais inutile, sans écho.

 

Avril 2020 – Confinement Covid 19


Tourner les pages de la vie

Share Button

Fragments, je me souviens… Asnières, l’école du Centre

Sources : https://opendata.hauts-de-seine.fr/explore/dataset/cartes-postales/visionneuse/?refine.commune=Asni%C3%A8res-sur-Seine

 

Les marronniers sont roux. Tous. Pas de veste.

On est mi-septembre.C’est la rentrée des classes.

Le parc. A gauche, un fragment de l’école du centre, primaire et collège – des prefas – , rue Mauriceau…

Fini le collège…

Qu’est-ce qu’il y a de changé ? Mai 1968. J’ai grandi.

Demain, le lycée. Demain une autre vie.

Pêle-mêle, le Solex, la Dauphine, les boums chez Josette, une chambre à Clichy.

Et des cours qui m’ennuient, comme avant, les blouses beiges où nos noms étaient brodés en rouge.

Reste l’amour et les rêves perdus,

Reste l’amitié, perdue et retrouvée et les souvenirs communs de nos parents.

J’ai déjà lu l’écume des jours, le grand Maulnes, et Adieu mes 15 ans.

La vie n’est pas un long fleuve tranquille…

 

 

 


Blond sur blond

Share Button

Blond sur blond(Blond sur blond, c’est le début d’un portrait)

Regardez les blés couchés par le vent, blés blonds, blondeurs d’été, blonde chevelure où mes doigts se perdent sur les chemins de l’amour. Le blond se sème aussi sur l’espace blanc et lisse, taches minuscules, semis stérile sur la terre crayeuse. Elles se concentrent, se serrent dans leur blondeur sur les monts légèrement teintés comme pêches au soleil, rosissantes, joues potelées. Les blés blonds au-dessus des monts et vallées blanches parsemées de graines dorées, en pluie.

(Le début blond [d’un portrait], la suite en lumière)

Regard arrêté par la lumière qui fleure à la surface, lumière du dedans qui réchauffe plus encore la blondeur de l’endroit lumineux, lumière qui émeut et donne au lieu pâle une autre chaleur, chaleur douce et blonde sous les blés blonds au creux de vallons parsemés de pluie de grains dorés. La lumière du dedans claire et verte éclaire ceux qui la voit.

 (La suite en lumière, l’air de rien)

Les blés blonds au-dessus des monts et vallées blanches parsemés de graines dorées où une lumière mystérieuse du dedans éclabousse ceux qui la voit, submergés par les pulsions rapides battant très fort, très vite dans la poitrine du monde dans la gorge peu profonde. Là, après, un souffle d’air léger régulier va… et vient… en rythme, pareil au souffle de la brise, du zéphyr, souffle doux et câlin, sans violence il souffle, il rassure ou inquiète. Pas d’essoufflement en ce temps. Il donne vie aux blés blonds du dessus des monts et vallées blanches, quand on se penche.

(L’air de rien, et la chanson de la vie)

Une lumière claire et verte, de l’intérieur. Définitivement du dedans. La brise douce et câline du dedans aussi, la chanson de la vie, douce ou grave, mélodieuse, chanson de l’intérieur, du dedans, qui monte à la surface, coule, roucoule pour être perçue, entendue, grince, gronde pour être orientée, toucher l’âme, chanson longue ou courte pour se faire connaître, reconnaître.

(La chanson de la vie, dis,tu sais qui je suis ?)

Dans le monde où la chanson de la vie est entendue par ceux qui le veulent,

Tes cheveux blonds où mes doigts se sont perdus,
Ta peau de pêche semée des taches de rousseur de ta jeunesse,
Tes joues roses pour mes baisers posés,
Tes yeux rieurs, fenêtres de ton âme, où je peux savoir
Ton nez fin, frémissant, où s’engouffre l’air frais et parfumé de mai,
Ta bouche qui balbutie quelques mots d’amour, qui rit, sourit,
et me laisse un souvenir de petite enfance.


De la rue Robert Aylé, un souvenir…

Share Button

Un retour… du temps pour écrire et publier. Bonne journée les amis !

Il y avait quelque chose de cruel à revenir.
D’ici à ma jeunesse, cinquante années.
D’ici à là-bas, six cent kilomètres.
De la boite à lettres d’amour cachée dans l’habillage en bois de la vieille boutique à la valise en carton de mes courriers gardés… mes souvenirs.

Rue Robert Aylé, Asnières-sur-Seine.

Rue Robert Aylé à Asnières

La boutique, au creux de l’immeuble cossu, est telle qu’à cette époque. De l’immeuble, les mêmes fenêtres sans volets cachant mal leur inoccupation. Des milliers de fois je suis passée devant, tête en l’air de l’enfant puis de l’adolescente. Je n’ai jamais vu une main secouer un chiffon ou dire aurevoir. Même pas une silhouette qui simplement, humait l’air frais du matin. Sur la façade, au deuxième étage, on devine l’escalier, largement éclairé par des carreaux vitrés où deux bandes maçonnées traversent de gauche en bas à droite en haut. J’imaginais une vie différente de ce que je connaissais derrière ces baies silencieuses. Que cachait cet endroit dans ma rue tranquille ?

Je n’avais pas encore conscience des ravages laissés par la dernière guerre, des arrestations, des déportations, des confiscations, des trains de marchandises humaines… Après j’ai su. L’endroit vivait de leurs fantômes.

La boutique elle-même n’avait pas ouvert son rideau de fer de toute ma jeunesse. Elle faisait le coin non mitoyen de l’immeuble. Le bois de son habillage est resté intact. Robe gris bleu écaillée. Jamais repeinte. Le rideau métallique en quatre « jupes » baissé, même couleur hors du temps.

Épicerie ? Modiste ? Quincaillerie ? Rien sur sa façade pour expliquer. Qui pourrait le dire ? Un jour peut-être, je saurai. Mais les chuchotements sont toujours les mêmes. Je devine les rais de lumière en forme de fleurs pareils à ceux sur la partie fixe du rideau de fer, en haut. Ils s’écrasent sur un miroir poussiéreux dans la boutique, impossible réverbération. Dehors, les mécanismes grippés, cachés, attendent la poignée magique qui relèverait enfin la barrière à la lumière, et abaisserait l’auvent pour accrocher une réclame, un article en vogue, des balais de toutes sortes.

N’y a-t-il pas un petit mot qui m’attend dans la boiserie, derrière la plinthe, ce message encodé pour nous seuls, ce message de réconciliation tant attendu ?

C’est plus haut qu’un volet de bois s’ouvre avec un carré métallique. Une fois je l’ai vu ouvert. Sagement ; le treuil à engrenage conique sans âge attend la manivelle.

Les chuchotements reprennent. Les murs n’en peuvent plus de retenir ce qu’ils ont vus, entendus. Années 30 où la vie grouillait dans un Asnières coquet. Puis la guerre de 39-45, les privations, l’occupation, les rafles, l’étoile, la Résistance. La boutique, lieu de rencontres, de cachette, de boite-à-lettres de réseau et dans l’arrière-boutique, les amours.

Les chuchoteurs ont-ils lu ses mots brûlants et mes réponses enflammées ? Feuillets de signes crayonnés, échanges codés. Sans la clef, indéchiffrables. Deux dans le monde entier à l’avoir.

Une autre boutique de l’autre côté de la porte d’entrée de l’immeuble. D’elle, je ne ressens rien. Le silence. Aucun chuchotis, pas un murmure. Plus de lumière entrante, indiscrète. Son rideau est neuf. Son âme s’est sans doute échappée quand on l’a changé.

La rue n’a plus d’âme non plus.  Chamboulée par des bâtiments à étage, qui enjambent la rue Maurice

La Dauphine (sources : http://lautomobileancienne.com)

au qui menait à l’école, où des pavillons vivaient tranquilles, où l’on disait bonjour en passant, et devant lesquels on criait :
– « Irène, tu viens jouer ? ». Impensable aujourd’hui de jouer dans la rue…

La scierie n’existe plus et les dents pointues de ses scies meurtrières n’entameras plus jamais les planches de bois odorant.

Les parcmètres n’ont pas connu l’embouteillage de patinettes et de vélos, les talons de maman claquant dans la rue quand on revenait à pied du cinéma, la Dauphine orange de Martine, la 2CH de nos voisins emmenant mes parents en balade le dimanche à Mery-sur-Oise ou

Cruauté de la vie quand d’un lieu, il ne reste plus que des souvenirs.


Vague de cheveux blancs ou Maillol (CHU Poitiers)

Share Button

Vague de cheveux blancs ou Maillol (CHU Poitiers)

Là,      la porte battante fermée.

Là,      deux hublots larges et ronds.

            Derrière une autre vie.

 

Passer la porte.

 

Là,      tu es accueilli, étranger.

            Des fauteuils autour d’une table ronde.

 

Des vieux      y sont en résistance.

                        Sangles, roulettes sous les pieds,

                        vague de cheveux blancs

                        au dessus de regards perdus.

 

Là,      tu es reconnu, étranger.

 

Des vieux      y sont en résidence.

                        Charades, chansons,

                        peinture, collages

                        rien pour blesser soi ou l’autre.

 

Là,      tu n’es pas intrus, étranger.

 

Des vieux      y sont en vacances.

                        Ils s’ennuient confortablement

                        Dans la vie de derrière les hublots.

 

Là,      une porte s’ouvre vers un jardin.

            L’homme hébété ne sait plus où il est.

            « Dis bien l’bonjour aux gens de La Rochelle ! ».

            Et joyeusement il repart

            tirant sur son pull bleu du ciel

 

Là,      on caresse une joue.

Là,      on pose un baiser dans le cou.

Là,      on passe ses doigts dans l’argent des cheveux.

Là,      on se quitte, si vieux,

            un baiser sur la bouche

            Elle dans cette vie-ci,

            Lui, devant les hublots.

            Il pleure.

 

Là,      un cri : « Maman ! ».

            Puis encore : « Maman ! ».

            Chaussons qui frottent.

            Une poupée dans les bras,

            La vieille veut sont goûter ;

 

Là,      Elles sont là. Bienveillants et patientes.

            Infirmières, aides-soignantes.

Regards sur smartphones

Des photos du week-end,

Du monde de derrière les hublots.

Regard sur les montres.

C’est l’heure du quatre heures.

Il est quinze heures trente.

 

Là,      un rire, oui… un rire.

« Ici ? Oui je suis bien.

Tout le monde est gentil.

Je mange bien, je dors bien.

Je reviens du cinéma

Et pan ! Te voilà !

Je suis si contente de te voir »

 

Là,      l’Autre dort sous la couverture jaune.

            Juste émerge des cheveux gris

            Petite chose ratatinée vers la droite.

            Tout à l’heure, on ira la coucher,

            La sangler, pour qu’elle ne tombe pas.

 

Là,      un cri : « Papa ! »

            « Papa ! »

            Toujours les chaussons qui frottent.

            Papa est parti, est plus là.

            Elle est triste.

 

Là-bas,          la télé en sourdine.

                        Une tache de couleur

sur un mur sans couleur.

Certains fauteuils

regardent là-bas,

sans rien voir,

sans rien comprendre,

sans rien dire…

 

Là,      rien. Cohérence zéro.

            On ne peut rester là plus longtemps.

            Le temps n’est pas le nôtre.

            Leurs temps, leurs histoires

            Se mélangent là,

            Autour de la table,

Dans les fauteuils,

Dans les charades et les chansons.

On y passe un peu…

Sur l’instant, dans les souvenirs.

 

Là,      bientôt, on reposera.

L’un après l’autre, vers leurs « chez eux »,

leurs chambres bien closes,

où ils seront seuls.

Sécurisés, sanglés et enfermés.

Ils reposeront

loin de la vie de fou

celle de devant les hublots.

 

« Je n’aurai jamais plus confiance, c’est fini ! ».

 

Vendredi 6 octobre 2017


Sa chambre à elle…

Share Button

Jeu d’incipit… qui appelle les souvenirs, une douce mélancolie, une tristesse de l’âme que l’on écrit pour ne pas avoir à la dire… enfin ne pas avoir à la partager intimement mais à donner à lui, à l’autre l’occasion d’apprécier ce qu’il a encore…

Sa chambre à elle…

« Le calme. Le gris[1] ». La chambre, immense. Des murs unis, anciens. Ici, le rectiligne est bannit. Quatre murs, deux fenêtres, une porte. Close, la porte.

Là, un grand lit de bois peint gris sombre, tranchant. Placé de telle sorte qu’une fois les lourds volets de bois bleu lavande ouverts, elle puisse embrasser d’un coup, tout le jardin.

Pour le plaisir des yeux à son réveil, elle a disposé à gauche de la fenêtre, quelques-uns de ses bonheurs préférés… Rien qui ne puisse blesser le regard… Guéridon précieux d’un peu d’intimité. Des rondeurs dans cet empilement de galets ambrés, plats et polis. Quatre. Le plus grand dessous est très clair, se détachant parfaitement sur la nappe juponnée fuchsia.

Jérôme, photo de mannequinat… Le revoir, même en photo, et dire de lui… pour qu’il vive encore…

Un jeune enfant de porcelaine blanche, assis sur un banc esquisse un geste vers elle quand elle le regarde. Une bougie, ronde, rose pâle dans le photophore sur lequel s’appuie l’enfant, dresse sa mèche dans l’attente de la flamme parfumée et réconfortante.

Ses yeux glissent encore doucement dans ce rite matinal, journalier, vers le pot à eau blanc, au brillant irrégulier, âgé, à l’anse généreuse, accueillant chaque semaine une douzaine de roses fraiches, boutons à peine éclos. Le parfum discret, subtil n’entête pas. La fraicheur des roses est aussi dans les tons doux de leurs robes. Le blanc crème domine. Parfois et différemment pour chacun d’elles, un ourlet irrégulier d’un rose soutenu, dans la tonalité de la nappe, rehausse leur pâleur encore. Une nuance délicate vert pâle donne aux pétales cette transparence particulière de la porcelaine fine de chine.

Enfin, elle caresse des yeux le portrait, adolescent éternel, dans le cadre vieilli de bois blanc, écorché par la vie…

Ecrit en Février 2014

[1] Robert Pinguet – Passacaille « Le calme. Le gris »


Le lavoir oublié…

Share Button

Juste un panneau de direction…

J’en suis tombée amoureuse…

Impossible de le voir de la route, ni même d’avion…

Le lavoir de Lamensou ne peut pas encore raconter son histoire.

A peine une pancarte pour donner sa direction et après… Sur d’anciennes cartes, le nom, Laminsou, La Minsou. Tantôt à Monsempron-Libos, tantôt à Condezayques…

Quitter la route goudronné, S’enfoncer sur le petit chemin pentu. Le long du ruisseau le Rech qui cours vite, vite rejoindre sans aucun doute, le Lot.

Un pont qui parait trop grand enjambe le ruisseau. une énorme borne de pierre barre l’accès à la clairière.

Début d’hiver. Gamme de beiges et marrons au sol, immense mosaïque de feuilles mortes.

Quelques cris d’oiseaux qui profitent de la réserve LPO.

Il est là. Caché. Ses pierre à frotter hérissées pour qu’on le remarque un peu. Un gargouillis de l’eau qui se fraye un chemin. Obstacles menus et minuscules dans le canal de pierre. Branches, feuilles, herbes et mousses.

L’eau dans le lavoir semble dormir; Miroir encombré de mille choses. Quelques bulles, quelques vapeurs chevelées…

Les femmes descendaient laver le linge du château. Je les entends chanter dans les branches immenses des platanes centenaires.

 


Les façades qui murmurent aux passants…

Share Button

Elles sont là les façades à me regarder passer… Et moi, indiscrète, je l’enferme dans ma boite à images pour mieux la regarder, chez moi. Avant de partir, le caresse le bois, je cherche des yeux comme un espoir, une ouverture vers son intérieur, je lui murmure aussi un remerciement…

Enfin, le rapprochement se fait dans le silence de la nuit, enfin il n’y a plus qu’elle et moi, elle sur l’écran dernier cri de mon ordinateur et moi, humaine avide de mémoires… La faire revivre et la décrypter dans son aspect désuet, dans son charme d’autrefois… Bois peints défraîchis, usés, rongés, volets fatigués, incapables aujourd’hui de s’ouvrir au monde avec cette nostalgie d’un passé à jamais perdu…

BERGERAC Boutique chaussures orthopediques NB pou web

BERGERAC Boutique chaussures orthopédiques

Est-ce tes pans de bois, tes briquettes bien rangés ou tes croisées irrégulières qui m’émeuvent le plus ? Maison charmante, tu retiens toi aussi bien des histoires passées… des bruits de sabots sur les pavés de la ville… d’éternelles rumeurs que seule la ville propage… les cris des enfants qui jouent le long de ton mur, ceux des femmes qui rouspètent… des chiens qui aboient au coin des rues… enfin les crieurs proposant tour a tour, des petits pâtés salés tout chauds ou l’affûtage des lames de couteaux…

Le marché à sa place aussi devant toi, laissant les senteurs épicées, l’été, envahirent l’air chaud et pénétrer par les portes et les fenêtres grandes ouvertes…

J’emprisonne aussi ton image pour te dévisager plus tard… Je vois bien que ta façade triste d’hiver attend, tout comme moi, la belle saison, comme chaque année…

BERGERAC COLOMBAGES pour web

BERGERAC – façade à pans de bois…

 Belle journée !

 


Confusion… Le temps qui passe est passé, passera…( suite)

Share Button

…/…

Il continuait à se retenir au bord du lit, crispant sa main sur le drap tiède, paupières entrouvertes et aussitôt refermées. Un mur… Un mur blanc… Blanc… L’autre main, détendue remontait vers l’oreiller près de lui ; il respirait un invisible parfum, tendant sa joue pour recevoir un baiser. Sa mère ? Sa femme ? Un doux sourire apparu sur ses lèvres. Les années de bonheur il les avait rêvées, il les avait vécues, doux instants où femme et enfant habitaient sa vie, sa chambre… Le lit à rouleaux, celui-là même qui l’hébergeait encore, exhalait la cire d’abeille quand la chaleur d’été, envahissait la chambre blanche.

Les feuilles de thé , 1909, William McGregor Paxton (américain 1869-1941), huile sur toile

Les feuilles de thé , 1909, William McGregor Paxton (américain 1869-1941), huile sur toile (1)

Blanche… Blanche…La lumière crue de l’été… Ce dernier été où tout a basculé… Le sourire persistait mais des larmes chaudes et salées se dispersaient sur ses joues, glissaient entre ses lèvres. Il se retourna, cherchant la pâle lumière de l’aube, fuit quelques instants plus tôt. Elle tentait de s’infiltrer autour des rideaux de velours… Les yeux dans le vague… Le rire d’un enfant mêlé à celui d’une femme, dehors. La fenêtre était ouverte et le rideau de plumetis tiré sur le soleil d’été… Les insectes butineurs, ivres des parfums des chèvrefeuilles, grimpants à l’assaut de la maison d’année en année, toujours plus haut, bourdonnaient, disputant l’espace aux oiseaux et leurs chants matinaux. Bientôt ils se cacheraient durant les heures les plus chaudes…Il ressentait cette chaleur qui affleurait près du rideau et tendait son visage, toujours un peu comateux… Il revenait vers la fenêtre où les rires continuaient. Bientôt elle serait là, avec cette robe blanche et légère, lui apportant la tasse de café quotidienne…

La tête lui tournait toujours. Le vent au loin faisait claquer une porte, qui éteignait une flamme sous la casserole de lait… L’explosion, un grand vacarme dans sa tête. Puis tout redevenait calme. La solitude lui allait bien. Sa mère lui donnait ce baiser. Il se calmait, s’apaisait, se délitait dans ce petit matin où l’éveil n’en finissait pas.

– Des roses lui envoyaient un message odorant, rassurant, vivant… (photo personnelle)

 

Il ouvrit grand les yeux et son regard vagabonda sur le plafond où les ombres de la nuit se dissipaient.  Par la fenêtre entre-ouverte, des roses lui envoyaient un message odorant, rassurant, vivant.  Il perçut un peu l’agitation du dehors, le boulanger qui livrait son pain à l’office. Au dedans, Jeanne, la gouvernante, faisait tinter verres et bols… Il se redressa, s’assit dans son lit. Il était temps de reprendre le cours de sa vie… L’écriture de ses mémoires l’absorberait encore toute la journée.

(1) sources : http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/10.64.8


Confusion… Le temps qui passe est passé, passera…

Share Button
Louise Colet, Poétesse (1810-1876)
Louise Colet, Poétesse (1810-1876)

« L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour ça que le présent nous échappe. »
Gustave Flaubert (1821 – 1880) – Lettre à Louise Colet

Décidément, je reste dans cet intemporel que j’aime bien, un sujet qui ne se tarit pas…, le passé, le présent, le futur, le temps… Le temps qui passe est passé, passera…

 C’est une histoire où, à l’heure de l’éveil, le temps se régale en nous faisant parfois quelques tours à sa façon, mélangeant les temps, permettant à, notre inconscient, de les conjuguer à sa guise, au risque de perdre la raison… 

Confusion. Trouble. Ses yeux restaient fermés. Il lui était impossible de savoir si son corps s’éveillait avant son esprit. Il s’étirait dans son noir intérieur. Il s’étirait aussi de tout son corps comme un félin après la sieste…

rose et pendule clair-obscur Sa main, libérée de l’entortillement des draps, cherchait le bord du lit… tâtonnait l’oreiller voisin, cherchant l’autre…

Les derniers événements, une lettre égarée reçue cinquante ans trop tard, l’avait bouleversé. Elle avait ébranlé son équilibre tranquille. Lettre pour sa mère, décédée trente ans plus tôt dans cette maison, la sienne. Sa journée d’hier défilait derrière ses paupières closes. Mémoire saturée, mémoire blessée, égratignée… Il s’accrochait à ce bord de lit, plissant fermement les yeux, refusant la douce clarté de l’aube, retrouvant sa solitude d’enfant dans le noir de sa chambre… Une vague de souvenirs le submergeait, de ces souvenirs rappelés par les blessures profondes du cœur, ces souvenirs de vie, d’amour, de peine, de joie, rassemblés dans les chambres de sa vie, lieux uniques où son esprit avait toujours su vagabonder, espace de l’inconscience, des rêves endormis ou éveillés, espaces de tous les possibles, où il était lui, et parfois un autre, où la solitude était parfois partagée, si rarement maintenant qu’il était à l’automne de sa vie !

la fenetre reduiteLe lit tanguait ou c’était peut-être lui qui tanguait dans ce lit trop grand, comme lorsque, enfant, il montait dans sa chambre, en haut de cet escalier vertigineux, dans le noir, à tâtons. La tête lui tournait. Une ampoule de veilleuse diffusait une faible lumière, donnant aux objets des silhouettes effroyables, propices à l’éveil des monstres tapis dans l’ombre. Chaque soir il avait peur… Dans l’escalier, une petite fenêtre haute, trop haute pour qu’il puisse l’atteindre, donnait sur le jardin. Les soirs de pleine lune, les ombres des grands arbres s’agitant, ajoutaient encore à son angoisse. Et la fenêtre, toujours sur la clenche cognait, laissant le vent se glisser sournoisement, siffler ou gémir… Enfin il atteignait son lit glacial, le cœur battant, il s’y glissait, remontant le drap jusqu’au dessus de sa tête pour trouver un peu d’apaisement. Quand les draps froissés retombaient sur lui, le silence lui faisait mal à la tête et le lit tanguait encore et encore, il était au bord de l’évanouissement mais finissait par s’endormir, en sueur. Parfois dans un état de veille, le rayon de lune filtrant par les persiennes lui laissait apercevait la silhouette de sa mère, comme ce matin… Il goûtait au délice d’un baiser trop rare. Il savait maintenant…

A suivre…