Catégorie : Atelier d’écriture de Lustrac

Montmirail : Les carnets retrouvés [1]

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Affiche « ordre de mobilisation générale », cote AE/II/3598 – Source : gallica.bnf.fr / BnF

Le début…

Extrait 1

Montmirail, lundi 3 aout 1914.

C’est commencé, ça y est. C’est le branlebas de combat dans la ville. Le garde-champêtre annonce la mobilisation de tous les hommes. Faut se rendre à la mairie et lire le décret du Président Poincaré. Mince. Mon jean il va être dans le lot. A Viels-Maisons, ça doit être pareil. Pourvu que l’on se voit avant son départ…En plus des hommes, ils nous prennent les chevaux, les voitures et les harnais. Ça va être dur les moissons chez mon oncle.
Je suis allée chez les sœurs pour voir si elles avaient besoin de moi. Non pour les soins. Oui cet après-midi pour la préparation de la cour et d’un bâtiment. Des ambulances vont être installées à Saint-Michel. Elles m’ont dit que les militaires en mettront aussi à l’hospice Saint-Vincent, à la Maison Petit et au Couvent fermé de Montléan. C’est presque excitant tout ce bazar si ce n’était la préparation des postes de soins à l’arrière d’un front de guerre… Enfin, pouvoir soigner.

 

Montmirail, mardi 4 aout 1914

Le Petit Parisien : journal quotidien du soir – (Paris) – 1914-08-02 – Source : gallica.bnf.fr / BnF

Hier soir j’étais trop fatiguée pour parler de l’ambiance incroyable en ville. La gare était animée et joyeuse. Les gars qui partaient déjà chantaient la Marseillaise ; comment peut-on se réjouir de la guerre ? Il y avait de gros encombrements à la Porte d’En Bas quand je suis allée à Saint-Michel. Les charrettes faisaient le tour de la place pour sortir.
Et à Paris, chez les grands-parents, comment c’est ? Peut-être le facteur va nous porter un courrier bientôt. Si les parents voyaient cette pagaille… Ils sont mieux où ils sont, les pauvres.
Beaucoup de travail en perspective : ces messieurs de la mairie dirigent tout d’après les consignes officielles. C’est à l’hospice que la garderie d’enfants s’organisera dès demain sous la surveillance de la Mère Supérieure. Il est prévu une repas gratuit par jour pour ces pauvres petits. C’est Madame Dufour, l’ancienne aubergiste, qui organise tout. Ça fait chaud au cœur de voir cette grande solidarité.

Pas de nouvelle de Jean.

 

A suivre…

 


Je suis née de l’automne…

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Je suis née de l’automne…(@Joëlle W. 2016)

Je suis née de l’automne, dans les chaudes couleurs au sein même du Bois de Boulogne.
Creuser un peu dans la chair de mon corps pour y trouver ma vie,
Y trouver eux, les parents, les aïeux et d’autres avant eux.
Je suis avant tout gardienne de l’infime, ainsi depuis des lustres,
La transmission des molécules de vie en vie, en héritage à moi transmis
Qu’à mon tour j’additionne au masculin choisi,

Après je suis un détail de la chaine
Où ma vie née de l’automne à reçu tant et tant ;
Là, à Bicêtre, si petite au bas d’un escalier si raide,
Le poêle qui m’attend, ronronne et je l’entends.
Heureuse mais si vive aux câlins,
Je m’y brûle la jambe.
Reste aussi l’ombre de l’araignée géante,
Source de peurs jamais éteintes.

A Montmirail tout est possible… (@Joëlle W. 2011)

Le fantôme d’un peuplier assassiné appelle ses frères aussi tombés
Sous les dents acérées des meurtrières scies.
A Montmirail tout est possible.
L’enfant que j’étais, écoutait la nature,
Savait le nom des fleurs,
Les chants des oiseaux,
En invitait souvent, grenouille ou grillon
Dans l’immense dortoirs aux filles.

Sitôt que j’entends les tristes plaintes, je m’approche,
Voulant de tout mon cœur, le serrer dans mes bras et l’apaiser ainsi.
Je trébuche, et ma jambe s’enfile
Sur l’écaille pointue d’une souche,
Bois bien droit comme un doigt levé vers le ciel,
Dénonçant l’injustice.
Jambe droite qui porte alors,
En cet instant douloureux,
Les cicatrices me le disent encore,
Le sang rouge de mes ancêtres, et la sève de l’arbre,
Un lien de sang que j’explique aujourd’hui, à l’automne de ma vie
Tant les arbres me parlent et les forêts aussi.

Rencontre muséale…                      (Livioandronico2013 — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=54858474)

Plus tard je suis allée dans ces bars, jamais seule,
Pour me perdre dans la musique et la danse,
M’étourdir au point de m’envoler ;
Rencontre muséale au doux printemps révolutionnaire.
Passion.

Plus de quatre décennies d’intimité, de joies,
De bonheurs, de luttes, de déceptions, d’irracontable.
Une horloge qui se fige et un portrait qui s’affaiblit,
Mutilation contre silence.
Entre-temps, un soir, sur un voilier où je ne suis jamais descendue,
Sur une mer que je n’ai jamais chevauchée.
Nantes promise, un rendez-vous volé.
Triste retour : dans la tête un marteau-piqueur attaque l’os
Et le mal de cœur ne choisi pas l’endroit de sa chute.
La guitare s’est tut, le guitariste a sombré.

Auparavant, j’avais accompagné le cavalier lycéen sur son cheval de fer,
Vitesse incontrôlable dans l’amollissement des corps qui se fondent.
La ville nous enserre, et serpente autour de nous.
Appeler çà l’extase, pourquoi pas,
Première fois dans les boum-boum d’un jerk.
Et plus tard, bien plus tard,
Corps meurtri d’une chute répétée à l’infini de ma vie,
Dans le miroir qui tombe, qui tombe, qui tombe, encore et encore.
Alors il casse. Il est cassé.

Eternellement, « Quand on en perd un… Y a pas de mot ! »
Et la chute éternellement continue.
Et l’empreinte d’un baiser dans la fugacité d’un rêve
Si fort que la réalité bascule, la folie est si proche.
Et se relever encore.

Y remuer les cartes postales de la valise en carton… (@Joëlle W. 2013)

Aujourd’hui, la cicatrice zèbre mon corps
De la pointe des cheveux à l’ongle du doigt de pied droit,
A peine fermée-ouverte.
Passer les doigts sur chaque bord pour l’ouvrir un peu plus.
Tirer pour casser la résistance.
Y remuer les cartes postales de la valise en carton,
En tirer les portraits,
L’un d’eux pourrait être le mien.

Promptement,
Les cartes-postales finissent par s’expulser,
Un ressort en est la cause,
Et pendant que j’essaie de décrypter leur message,
L’explosion éjectent tout le reste,
Cartes-photos,
Maux et bonheurs,
Violement au ciel qui n’en veut pas
Et les rejette au sol dans un fabuleux désordre.

Mon ventre vomit des souvenirs qui scarifie ma peau.
A croire que je ne digère plus les bois qui circulent dans mes veines.
En même temps, le temps de la transmission n’est pas terminé.

J’étire mon écriture, sans façon, en un poème,
Comme un hymne à la Joie :
Celle que l’on a au réveil de se sentir vivant,
Celle que l’on a à revoir ses enfants,
Celle que l’on a un instant au soleil couchant,
Celle que l’on a d’écrire un poème
Celle que l’on a à transmettre sa joie…

Sous la cendre couvent les colères, Dans le puits oublié, elles s’y jettent, s’amenuisent. (@Joëlle W. 2016)

Et puis, que savoir des souffrances qui dépassent du toit,
Mon tout est bien qui finit mal de toi et qui brise mes rêves.
Montée de sève en printemps de jeunesse
Mais aussi à l’automne de la vie qui s’effrange.
De tuiles grises en tuiles roses,
La basse maison s’approche de Ladignac,
Où rivière secoue les idées noires,
Où cheminée fume une chanson.
Sous la cendre couvent les colères,
Dans le puits oublié, elles s’y jettent, s’amenuisent.
Les herbes aux gueux s’entortillent autour,
Etouffantes, ligneuses et vicieuses créatures
Promptes à faire disparaitre les soubresauts.

Dans les livres les arbres se cachent,
Mutilés, aplatis dans la pâte à papier.
Chuchotements continus de lettres en voyage,
Vadrouillant ici de page en page.
En piéger un entre mes mains :
L’ouvrage se laisse prendre au jeu et murmure l’histoire.

C’est ici sans doute que finira ma métamorphose.
Auprès de mon bois je vivrais heureux
Comme un arbre enraciné au pied de la colline
Près de la maison sans âge.

 

Joëlle W. 21 février 2021.


Champs nocturnes…

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Me faufiler par cette chatière ridicule

Crépuscule. Me faufiler par cette chatière ridicule. Examiner les abords, humer l’air frais de novembre, champignons, feuilles en pourriture, amoncelées par les brises colériques de saison et les pluies rageuses qui se sont acharnées, relents de chiens mouillés venant de l’autre côté de la route, plus vifs dans l’humidité collante. Sur mes gardes, j’entame ma ronde de nuit. La reinette est revenue dans le yucca et coasse son agacement. Elle n’est pas seule sur cette feuille. Quelques escargots ont fui dans leur intérieur de carbonate de calcium, en attente du silence.

La reinette est revenue dans le yucca… 

Il est temps de tourner le coin de la maison, franchir le no man’s land entre cour et jardin et gagner mon monde.

On ne m’entend pas frôler l’herbe quand j’arpente mon territoire, ni fendre l’air sur ma proie. Le chat avance toujours en terrain conquis. Là, les pierres d’un muret ont été chamboulées. Qui peut s’y cacher, y jeter un œil et suivre l’effluve d’un mulot. Il ne vit pas là mais s’y assoit, museau en l’air pour sentir le danger, son danger de mulot, ses prédateurs à l’affut. Je renifle les peurs, m’excite les papilles et salive, aussitôt détourné de ma chasse par la vibrance de l’air sur mes moustaches. Dans la nuit sur le champs et la forêt, je ne règne pas seul. Une rivale ailée vient de survoler et chiper la proie. Elle se pose sur la souche du tilleul mutilé l’an passé, et victorieuse, crie. La chouette chevêche est reine de la nuit ; Le « wiou » bitonal puissant effraie les hommes, inquiète le chat. Chante la belle, chante… Reflexe de chat, le noyer dépouillé sera son havre, le temps que les choses se calment, que le champs s’apaise et que la forêt bruisse à son habitude. L’obscurité enveloppe tous les obstacles jusqu’au sommet de la colline rejoint par les étoiles ; la lune pleine sème les ombres autour des buissons, en lisière du bois, dans les roseaux sauvages qui s’agitent, sonnant le creux quand ils se rencontrent. Là c’est trop serré pour rattraper la musaraigne égarée qui fuit à toutes pates les crocs félins. Humer la chaleur de l’animal apeuré, tendre une pate griffue vers elle… La tuer ? Oui, c’est son rôle de seigneur et maître. La manger ? Non… Elle fait vomir. On ne m’y prendra plus. La fable est drôle…

A l’autre bout, la frontière entre champs sauvage et champs cultivé. Les labours ont creusé des sillons et le brun de la terre contraste avec le vert du champs rustique. Tenter une incursion… Le maïs, c’était un terrain de chasse et de jeux épatant, avant la récolte. La terre a englouti les bouts des tiges coupées. Reste la rafle abandonnée, éparse, sans plus d’utilité.

 

Elle fait mouche à chaque attaque …             Une chouette effraie, dite dame blanche, prise au vol dans un bâtiment. | FABRICE SIMON (Ouest France)

Cette nuit de pleine lune, est de celle qu’il préfère, lui, le félin, juste suffisamment lumineuse pour visiter son domaine. Des intrus, il y a toujours. Alors uriner en reniflant les effluves de l’importun, sur le buisson de pyracanthas, ou sur les feuilles du laurier-cerise qui clôt une partie du domaine, ou encore sur les pierre d’angle de la grange… Le lieu est calme et tiède, quel que soit la saison. Les rongeurs s’y sentent bien et une dame blanche garde le butin de rongeurs réfugiés. La chouette effraie au vole silencieux vit là, dans la bâtisse qui résiste au temps. Elle fait mouche à chaque attaque sur la minuscule population. Lui, il la ressent plus qu’il ne la voit, surprenant ses chuintements et ses soupirs d’humains. Il s’en moque un peu. Il y dort, dans une espèce de crèche pour des vaches d’un autre temps. Lever la tête en curieux et la reposer aussitôt que la petite victime ne crie plus, un grand bâillement, puis un ronronnement de bien-être et le jour peut venir…

 

Joëlle W. 02-11-2020


Aller voir le bibliothécaire avec le mot fin…

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Alors, c’était le moment. Moment attendu, moment espéré ; Le chemin avait été long. Chaque mot, chaque phrase, chaque page même, était un pas vers le dénouement. Achever l’écrit. Arriver là où il en était. Restait à faire sonner la cloche. Méritée, il l’atteint !

Alors, il y avait son monde qui se révélait, encore. Ses doutes… Ses hésitations… Ses coups de gomme, ses taillures de crayon. Tout était là. Dans son sac à dos de pèlerin écrivain. Sa vie comme un pèlerinage solitaire. Heureux. Du bonheur à revendre. Du bonheur dans sa tête, au cœur.

Du bonheur encore. Du bonheur encore plein les mains et qui tachait ses doigts. S’empresser de l’écrire. Y voir son commencement. Un jour il a tout plaqué. Un jour noir, sans espoir dans la ville grise du nord où le charbon avait disparu des veines souterraines. Oui il a disparu après avoir fait disparaitre la ville sous ses couches noir charbon… Ses veines à lui étaient des fleuves bleus charriant son désespoir. Sa vie de merde, sans partage, sans cris d’enfant. Il a tout passé par la fenêtre. Lui aussi. Et tout le reste… La porte ouverte, le sac à dos, le duvet, son Kodak, une botte de crayons noirs publicitaires couleur bois et un cahier de 200 pages Clairefontaine.

Alors, il a pris la poudre d’escampette et son envie de bonheur sous le bras. N’a jamais regardé derrière lui. Il a emporté la noirceur de sa vie comme un défi à effacer. Et pourquoi ? Une rencontre dans un bistrot de sa ville noire. Un pèlerin égaré qui donnait ses histoires de bonheur. Les reçues. Les données. Toutes ses histoires emmêlées.

L’égaré a dit : « Viens, je t’emmène. »

Il a dit : « Non. Je fais mon sac. »

Et puis, l’égaré est parti. Lui aussi. Seul. C’est le début, le commencement de son livre. Le début de sa vie minuscule.

L’évasion après le noir de sa vie c’est au fond de lui. Il savait son dérangement. Le sien ou celui de ses voisins. Jeter ses meubles par la fenêtre était sa libération. Puis, l’absence et le voyage interminable vers la lumière.

Des visages vers lui, des sourires. Du réconfort. Revenir dans son histoire ? Jamais. Juste planer au-dessus d’eux, voler au-dessus du monde. Allez vers le sud, la chaleur, la lumière. Savoir le chant de la Terre, goutter la musique des eaux, jouir de la chaleur des pierres au soleil.

Revenir doucement dans le commencement de sa vie et partager l’aventure. Son cahier. On lui a donné quand il s’est assis pour la première fois. Sa botte de crayons couleur bois est tombée sur la table et il s’est mis à écrire, en vers, en prose, dans tous les sens, dessins, dessus, dessous, et les mots les plus doux qui sentent le bonheur, rien que ceux-là.

Alors, ils ont dit qu’il était tiré d’affaire. Lui, il a dit oui. Si on le laisse écrire ce bonheur qui lui colle aux doigts. Ils disent, d’accord. Il fait des photos avec son Kodak, sans pellicule, dessine ses photos dans son cahier de 200 pages Clairefontaine. Il y a des sourires partout.

Alors il écrit tout ce qu’il peut de sa vie. Un pas à pas vers le mot fin. La fin est nécessaire pour ce livre. Le mot fin est nécessaire pour se retrouver.

 

Joëlle W.
Janvier 2019


Résurgence …

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Fin de balade autour de la ville, au gré des rues. Je me repose. Rue de la Gare. Sur le banc je regarde les gens qui passent.

– « Alicia ! ». Alicia, petite poupée d’environ quatre ans déambule. Kway rose, mains dans les poches de son pantalon noir. Sa maman la rappelle à l’ordre.

  • « Bonjour ! ». Ils sont six à dire bonjour.

Et puis la montagne m’appelle, dévorée par ses humeurs brumeuses. Elle me hèle.

A bien regarder, il y a plusieurs étages de verts différents, bien délimités. Différentes essences sans doute, les plus sombres tendent vers les sommets, crêtes dentelées des pins sylvestres. Les humeurs humides délavent les arêtes.

De mon banc, nulle menace ; De ces menaces qui m’écrasaient jusqu’au vomissement à Bagnières-de-Luchon. Enceinte de l’enfant éclair, si pressé de vivre et de repartir… Aurais-je du prêter plus attention à ces menaces ?

Au cœur de la forêt, sur ses sentiers, le danger n’est plus. C’est tout le contraire. Un apaisement, une protection, une bienveillance, venus des arbres eux-mêmes. Oui, la forêt dissimulait mes inquiétudes des hauts sommets écrasants qui disparaissaient derrières la canopée bruissante des pensées des arbres. S’ils pouvaient communiquer entre eux, ne pouvaient-ils pas m’avertir du futur, de l’insoutenable futur ? Pour peu qu’ils l’aient fait, j’étais trop faible ou inattentive à leur langage…

Dimanche 11 août 2019 après-midi à Cauterets


Blond sur blond

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Blond sur blond(Blond sur blond, c’est le début d’un portrait)

Regardez les blés couchés par le vent, blés blonds, blondeurs d’été, blonde chevelure où mes doigts se perdent sur les chemins de l’amour. Le blond se sème aussi sur l’espace blanc et lisse, taches minuscules, semis stérile sur la terre crayeuse. Elles se concentrent, se serrent dans leur blondeur sur les monts légèrement teintés comme pêches au soleil, rosissantes, joues potelées. Les blés blonds au-dessus des monts et vallées blanches parsemées de graines dorées, en pluie.

(Le début blond [d’un portrait], la suite en lumière)

Regard arrêté par la lumière qui fleure à la surface, lumière du dedans qui réchauffe plus encore la blondeur de l’endroit lumineux, lumière qui émeut et donne au lieu pâle une autre chaleur, chaleur douce et blonde sous les blés blonds au creux de vallons parsemés de pluie de grains dorés. La lumière du dedans claire et verte éclaire ceux qui la voit.

 (La suite en lumière, l’air de rien)

Les blés blonds au-dessus des monts et vallées blanches parsemés de graines dorées où une lumière mystérieuse du dedans éclabousse ceux qui la voit, submergés par les pulsions rapides battant très fort, très vite dans la poitrine du monde dans la gorge peu profonde. Là, après, un souffle d’air léger régulier va… et vient… en rythme, pareil au souffle de la brise, du zéphyr, souffle doux et câlin, sans violence il souffle, il rassure ou inquiète. Pas d’essoufflement en ce temps. Il donne vie aux blés blonds du dessus des monts et vallées blanches, quand on se penche.

(L’air de rien, et la chanson de la vie)

Une lumière claire et verte, de l’intérieur. Définitivement du dedans. La brise douce et câline du dedans aussi, la chanson de la vie, douce ou grave, mélodieuse, chanson de l’intérieur, du dedans, qui monte à la surface, coule, roucoule pour être perçue, entendue, grince, gronde pour être orientée, toucher l’âme, chanson longue ou courte pour se faire connaître, reconnaître.

(La chanson de la vie, dis,tu sais qui je suis ?)

Dans le monde où la chanson de la vie est entendue par ceux qui le veulent,

Tes cheveux blonds où mes doigts se sont perdus,
Ta peau de pêche semée des taches de rousseur de ta jeunesse,
Tes joues roses pour mes baisers posés,
Tes yeux rieurs, fenêtres de ton âme, où je peux savoir
Ton nez fin, frémissant, où s’engouffre l’air frais et parfumé de mai,
Ta bouche qui balbutie quelques mots d’amour, qui rit, sourit,
et me laisse un souvenir de petite enfance.


De la rue Robert Aylé, un souvenir…

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Un retour… du temps pour écrire et publier. Bonne journée les amis !

Il y avait quelque chose de cruel à revenir.
D’ici à ma jeunesse, cinquante années.
D’ici à là-bas, six cent kilomètres.
De la boite à lettres d’amour cachée dans l’habillage en bois de la vieille boutique à la valise en carton de mes courriers gardés… mes souvenirs.

Rue Robert Aylé, Asnières-sur-Seine.

Rue Robert Aylé à Asnières

La boutique, au creux de l’immeuble cossu, est telle qu’à cette époque. De l’immeuble, les mêmes fenêtres sans volets cachant mal leur inoccupation. Des milliers de fois je suis passée devant, tête en l’air de l’enfant puis de l’adolescente. Je n’ai jamais vu une main secouer un chiffon ou dire aurevoir. Même pas une silhouette qui simplement, humait l’air frais du matin. Sur la façade, au deuxième étage, on devine l’escalier, largement éclairé par des carreaux vitrés où deux bandes maçonnées traversent de gauche en bas à droite en haut. J’imaginais une vie différente de ce que je connaissais derrière ces baies silencieuses. Que cachait cet endroit dans ma rue tranquille ?

Je n’avais pas encore conscience des ravages laissés par la dernière guerre, des arrestations, des déportations, des confiscations, des trains de marchandises humaines… Après j’ai su. L’endroit vivait de leurs fantômes.

La boutique elle-même n’avait pas ouvert son rideau de fer de toute ma jeunesse. Elle faisait le coin non mitoyen de l’immeuble. Le bois de son habillage est resté intact. Robe gris bleu écaillée. Jamais repeinte. Le rideau métallique en quatre « jupes » baissé, même couleur hors du temps.

Épicerie ? Modiste ? Quincaillerie ? Rien sur sa façade pour expliquer. Qui pourrait le dire ? Un jour peut-être, je saurai. Mais les chuchotements sont toujours les mêmes. Je devine les rais de lumière en forme de fleurs pareils à ceux sur la partie fixe du rideau de fer, en haut. Ils s’écrasent sur un miroir poussiéreux dans la boutique, impossible réverbération. Dehors, les mécanismes grippés, cachés, attendent la poignée magique qui relèverait enfin la barrière à la lumière, et abaisserait l’auvent pour accrocher une réclame, un article en vogue, des balais de toutes sortes.

N’y a-t-il pas un petit mot qui m’attend dans la boiserie, derrière la plinthe, ce message encodé pour nous seuls, ce message de réconciliation tant attendu ?

C’est plus haut qu’un volet de bois s’ouvre avec un carré métallique. Une fois je l’ai vu ouvert. Sagement ; le treuil à engrenage conique sans âge attend la manivelle.

Les chuchotements reprennent. Les murs n’en peuvent plus de retenir ce qu’ils ont vus, entendus. Années 30 où la vie grouillait dans un Asnières coquet. Puis la guerre de 39-45, les privations, l’occupation, les rafles, l’étoile, la Résistance. La boutique, lieu de rencontres, de cachette, de boite-à-lettres de réseau et dans l’arrière-boutique, les amours.

Les chuchoteurs ont-ils lu ses mots brûlants et mes réponses enflammées ? Feuillets de signes crayonnés, échanges codés. Sans la clef, indéchiffrables. Deux dans le monde entier à l’avoir.

Une autre boutique de l’autre côté de la porte d’entrée de l’immeuble. D’elle, je ne ressens rien. Le silence. Aucun chuchotis, pas un murmure. Plus de lumière entrante, indiscrète. Son rideau est neuf. Son âme s’est sans doute échappée quand on l’a changé.

La rue n’a plus d’âme non plus.  Chamboulée par des bâtiments à étage, qui enjambent la rue Maurice

La Dauphine (sources : http://lautomobileancienne.com)

au qui menait à l’école, où des pavillons vivaient tranquilles, où l’on disait bonjour en passant, et devant lesquels on criait :
– « Irène, tu viens jouer ? ». Impensable aujourd’hui de jouer dans la rue…

La scierie n’existe plus et les dents pointues de ses scies meurtrières n’entameras plus jamais les planches de bois odorant.

Les parcmètres n’ont pas connu l’embouteillage de patinettes et de vélos, les talons de maman claquant dans la rue quand on revenait à pied du cinéma, la Dauphine orange de Martine, la 2CH de nos voisins emmenant mes parents en balade le dimanche à Mery-sur-Oise ou

Cruauté de la vie quand d’un lieu, il ne reste plus que des souvenirs.


Vague de cheveux blancs ou Maillol (CHU Poitiers)

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Vague de cheveux blancs ou Maillol (CHU Poitiers)

Là,      la porte battante fermée.

Là,      deux hublots larges et ronds.

            Derrière une autre vie.

 

Passer la porte.

 

Là,      tu es accueilli, étranger.

            Des fauteuils autour d’une table ronde.

 

Des vieux      y sont en résistance.

                        Sangles, roulettes sous les pieds,

                        vague de cheveux blancs

                        au dessus de regards perdus.

 

Là,      tu es reconnu, étranger.

 

Des vieux      y sont en résidence.

                        Charades, chansons,

                        peinture, collages

                        rien pour blesser soi ou l’autre.

 

Là,      tu n’es pas intrus, étranger.

 

Des vieux      y sont en vacances.

                        Ils s’ennuient confortablement

                        Dans la vie de derrière les hublots.

 

Là,      une porte s’ouvre vers un jardin.

            L’homme hébété ne sait plus où il est.

            « Dis bien l’bonjour aux gens de La Rochelle ! ».

            Et joyeusement il repart

            tirant sur son pull bleu du ciel

 

Là,      on caresse une joue.

Là,      on pose un baiser dans le cou.

Là,      on passe ses doigts dans l’argent des cheveux.

Là,      on se quitte, si vieux,

            un baiser sur la bouche

            Elle dans cette vie-ci,

            Lui, devant les hublots.

            Il pleure.

 

Là,      un cri : « Maman ! ».

            Puis encore : « Maman ! ».

            Chaussons qui frottent.

            Une poupée dans les bras,

            La vieille veut sont goûter ;

 

Là,      Elles sont là. Bienveillants et patientes.

            Infirmières, aides-soignantes.

Regards sur smartphones

Des photos du week-end,

Du monde de derrière les hublots.

Regard sur les montres.

C’est l’heure du quatre heures.

Il est quinze heures trente.

 

Là,      un rire, oui… un rire.

« Ici ? Oui je suis bien.

Tout le monde est gentil.

Je mange bien, je dors bien.

Je reviens du cinéma

Et pan ! Te voilà !

Je suis si contente de te voir »

 

Là,      l’Autre dort sous la couverture jaune.

            Juste émerge des cheveux gris

            Petite chose ratatinée vers la droite.

            Tout à l’heure, on ira la coucher,

            La sangler, pour qu’elle ne tombe pas.

 

Là,      un cri : « Papa ! »

            « Papa ! »

            Toujours les chaussons qui frottent.

            Papa est parti, est plus là.

            Elle est triste.

 

Là-bas,          la télé en sourdine.

                        Une tache de couleur

sur un mur sans couleur.

Certains fauteuils

regardent là-bas,

sans rien voir,

sans rien comprendre,

sans rien dire…

 

Là,      rien. Cohérence zéro.

            On ne peut rester là plus longtemps.

            Le temps n’est pas le nôtre.

            Leurs temps, leurs histoires

            Se mélangent là,

            Autour de la table,

Dans les fauteuils,

Dans les charades et les chansons.

On y passe un peu…

Sur l’instant, dans les souvenirs.

 

Là,      bientôt, on reposera.

L’un après l’autre, vers leurs « chez eux »,

leurs chambres bien closes,

où ils seront seuls.

Sécurisés, sanglés et enfermés.

Ils reposeront

loin de la vie de fou

celle de devant les hublots.

 

« Je n’aurai jamais plus confiance, c’est fini ! ».

 

Vendredi 6 octobre 2017


Sa chambre à elle…

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Jeu d’incipit… qui appelle les souvenirs, une douce mélancolie, une tristesse de l’âme que l’on écrit pour ne pas avoir à la dire… enfin ne pas avoir à la partager intimement mais à donner à lui, à l’autre l’occasion d’apprécier ce qu’il a encore…

Sa chambre à elle…

« Le calme. Le gris[1] ». La chambre, immense. Des murs unis, anciens. Ici, le rectiligne est bannit. Quatre murs, deux fenêtres, une porte. Close, la porte.

Là, un grand lit de bois peint gris sombre, tranchant. Placé de telle sorte qu’une fois les lourds volets de bois bleu lavande ouverts, elle puisse embrasser d’un coup, tout le jardin.

Pour le plaisir des yeux à son réveil, elle a disposé à gauche de la fenêtre, quelques-uns de ses bonheurs préférés… Rien qui ne puisse blesser le regard… Guéridon précieux d’un peu d’intimité. Des rondeurs dans cet empilement de galets ambrés, plats et polis. Quatre. Le plus grand dessous est très clair, se détachant parfaitement sur la nappe juponnée fuchsia.

Jérôme, photo de mannequinat… Le revoir, même en photo, et dire de lui… pour qu’il vive encore…

Un jeune enfant de porcelaine blanche, assis sur un banc esquisse un geste vers elle quand elle le regarde. Une bougie, ronde, rose pâle dans le photophore sur lequel s’appuie l’enfant, dresse sa mèche dans l’attente de la flamme parfumée et réconfortante.

Ses yeux glissent encore doucement dans ce rite matinal, journalier, vers le pot à eau blanc, au brillant irrégulier, âgé, à l’anse généreuse, accueillant chaque semaine une douzaine de roses fraiches, boutons à peine éclos. Le parfum discret, subtil n’entête pas. La fraicheur des roses est aussi dans les tons doux de leurs robes. Le blanc crème domine. Parfois et différemment pour chacun d’elles, un ourlet irrégulier d’un rose soutenu, dans la tonalité de la nappe, rehausse leur pâleur encore. Une nuance délicate vert pâle donne aux pétales cette transparence particulière de la porcelaine fine de chine.

Enfin, elle caresse des yeux le portrait, adolescent éternel, dans le cadre vieilli de bois blanc, écorché par la vie…

Ecrit en Février 2014

[1] Robert Pinguet – Passacaille « Le calme. Le gris »


Histoire de la création du monde de l’Entre-deux-mondes

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L’ancien l’avait dit à l’ancien qui l’avait raconté à l’ancien…Et ce depuis la nuit des temps… Mon père m’a transmis l’histoire aussi…

Il y a trois mondes dans le monde de l’Entre-deux-mondes…

Le Monde du dessus où toutes choses se posent ou volent…

Le monde du dessous où toutes choses se posent ou nagent…

Le monde du milieu où toutes choses se posent ou marchent…

 

Dabayl

Du Monde du dessus, on se pose, parfois. On vole souvent.

Don de Dabayl, déesse de l’air et du vent dans le monde de l’Entre-deux-mondes.

Dabayl la sensible, la tendre et douce Dabayl.

Parfois riante, éclaboussant le Monde du dessus de soleil ou pleurant la triste pluie qui se noie, plus bas.

Dabayl la coléreuse, de la brise naissante de joie aux folles tornades de colère, aux souffles noirs nuageux.

Elle vit sur le dessus du ciel qui reçoit ces humeurs quotidiennes…

 

 

Gabareeymaanyo

Du Monde du dessous, on se pose. On nage. On flotte souvent.

Cadeau de Gabareeymaanyo, déesse des eaux, celles qui courent.

Celles qui stagnent, celles qui s’agitent ou se déchainent.

Eaux qui abritent mille vies flottantes, nageurs de tous genres, cascadeurs des hauts fonds.

Gabareeymaanyo dont les larmes perpétuelles abreuvent les eaux.

Dont les rires sont tourments de tempêtes.

Gabareeymaanyo en colère d’écumes et de flots terrifiants.

C’est son monde, celui du dessous qui ondule sous le monde du dessus.

Gabareeymaanyo vit sur l’étendue mouvante des flots.

 

Dabayl et Gabareeymaanyo se rencontrent au point du jour.

Elles sombrent dans la nuit au couchant…

 

 

Enfin, il me conta la fin…

Il y a le Monde du milieu, monde palpable et vieillissant.

Né il y a des lustres de l’une des rencontres de Dabayl et Gabareeymaanyo

Né de leurs mains jointes une fois.

Elles l’ont modelé, puis jeté au loin. Il est retombé, au hasard..

Monde du milieu, la terre du Monde de l’Entre-deux-mondes se nomme Dhulka.

Au milieu des deux mondes, de l’Entre-deux-mondes, géant et monstrueux, Dhulka est terre d’asile pour les indésirables des autres mondes.

 

On ne peut ni voler, ni nager sur Dhulka.

On pousse, on naît, on grandit, on écoute, on rampe, on griffe, on creuse, on grogne…

Uniquement dans le Monde du milieu qu’on appelle Dhulka, on parle. Oui… On parle et on chante !

 

Je suis née de ce monde. Comme mon père et avant lui son père et encore avant lui, le père de son père…

Dabayl et Gabareeymaanyo ont façonné mon monde, ici dans mon unique époque, je le façonne à mon tour avec des millions d’autres…

Malgré sa souffrance, le monde du milieu, Dhulka, attend son heure, celles où des géants d’un autre monde viendront le féconder.

Il naîtra alors une Terre, parfaite qu’on nommera Jannada

 

 

Lexique :
Gabareeymaanyo (sirène)
Dabayl (vent)
Dhulka (terre)
Jannada (paradis).
Somalie