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Café
cafe 1« Café ? Oui je veux bien. Ou alors non, j’en ai déjà pris trois ce matin, merci. Mais c’est un mot de passe. On appartient à la même civilisation. Le pouvoir du café, c’est également cette presque indifférence surjouée avec laquelle on va le consommé, en parlant déjà, pris par le sujet. Non, pas de sucre. Presque plus jamais de sucre. C’est dans le code aussi. Maigret touillait lentement avec une cuillère, au moins deux sucre, sur le zinc. Ça faisait partie de l’enquête. » Vous me direz, ce texte, chacun d’entre nous, aurait pu écrire sur le sujet… Plus ou moins la même chose. Les uns à côté des autres, chaque mot simple sur le café, paroles dites, banales, en rencontrant un ami, une connaissance, en arrivant au bureau, en apprenant une bonne ou une mauvaise nouvelle, pour réconforter, pour draguer, pour rompre…

cafe 4La référence à Maigret m’a surprise, m’a ravie… Bon, c’est vrai que Maigret ne boit pas que du café. Mais rien que ce mot « café »… J’aime… C’est aussi le lieu des rendez-vous, des retrouvailles, des projets, des complots… Nuit et jour, sur le zinc, café, café, p’tit blanc, bière, café, alignés. Les uns parlent à ceux qui écoutent, des derniers potins, du temps qu’il fait, ou qu’il a fait ou qu’il fera… Et parfois, ceux qui écoutent donnent des nouvelles du p’tit dernier, de sa femme, de ses vieux… Mieux que certains salons guindés et froids où l’on prend l’apéro, au café on y trouve une famille, non ?

cafe 3Bonjour Philippe Delerm. C’est vous qui avez écrit ces mots !

Lecteurs, je vous livre la fin du texte que je bois – comme mon café – à petites gorgées sucrées, chaudes mais pas brûlantes, avec l’envie de fermer les yeux pour retrouver les bruits des cafés parisiens fréquentés dans une autre vie…

«A présent, le serré, l’amertume, et juste ce petit moment d’arrêt de la tasse blanche au bord des lèvres. Cette façon de ne rien prendre en prenant quelque chose, c’est une politesse que l’on se doit. En deçà de la convivialité. On n’est pas ensemble mais on est avec. Avec le monde, avec le jour, et quand même un peu avec l’autre.
Ca-fé. Les deux syllabes sonnent clair et sec, passent au-dessus de la rumeur, même dans les bistros les plus bruyants. Dans les cafés. On boit un café dans un café ; On joue sa vie dans la vie. »

Belle journée !