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Château de Laval – Hiver 1784.

 PARTIE CHATEAU LAVAL TRENTELS

Les discussions vont bon train dans la salle où l’on vient de terminer un repas frugal mais convenable en ces temps difficiles… Le seigneur des lieux, François et sa femme Elisabeth, ont réuni leurs voisins les plus proches. Il y a là Monsieur de Roussanes, vieil homme charmant et depuis quelques années, propriétaire du Château des Ondes, Monsieur Etienne Dangeros résidant actuellement au château des Roques, Monsieur et Madame Pierre de Pontajon, riches propriétaires – mais de noblesse récente et incertaine, dit-on – du château de la Chapelle Trentels.

Pour les d’Albert de Laval, il faut rapidement mettre en place une stratégie pour « sauver » de la faim et du froid les villageois et ceux qui logent sur leurs terres. On est en avril et la terre ne dégèle pas, les champs emblavés tant bien que mal juste avant le début de l’hiver n’ont rien donné à ce jour. Rien non plus sur les arbres, rien dans les champs. L’année à venir risque d’être difficile, année de famine, d’épidémie et autres grands maux.

L’heure est grave et les discussions rudes.

Les dames présentes lors du souper ont quitté la table et se sont réunies autour d’une cheminée bien fournie ou le petit bois a fini de se consumer et de hautes flammes s’attaquent maintenant aux grosses bûches. Production de lumière et de chaleur, dans le petit salon bleu, l’un des plus faciles à chauffer. De proportions harmonieuses et assez bas de plafond il est, comme chaque pièce du château, meublé avec goût ; il propose aux visiteurs fatigués de charmantes bergères à médaillon ou de légers canapés dont les dossiers en cabriolet permettent aux robes imposantes de trouver leurs places. Quelques chandeliers en argent posés sur une commode large à trois tiroirs, adossée au mur face au foyer, éclairent un peu les angles restés dans la pénombre. Chaque objet a son double sur un mur ou sur un autre, ombres vivantes, création née du caprice des flammes. L’ambiance est chaleureuse.

Dans le salon contigu, une belle flambée chante dans une cheminée plus haute et plus large. Un homme debout peut se réchauffer sous son large manteau où l’un des petits bancs de pierre subit régulièrement la visite de l’un des plus vieux chats de la maisonnée.

Adossé à cette cheminée qui porte les armes de sa famille, François, le regard perdu, tourne la tête vers la fenêtre fermée par de grands volets intérieurs en bois peint. On y a ajouté des tentures épaisses. Il est soucieux. Ses sourcils bruns et fins sont froncés au-dessus de ses grands yeux bleus. Il frotte son menton de sa main soigné. Il songe qu’en ces mêmes lieux, l’été dernier, certains de ses amis étaient là, venus pour les fêtes d’anniversaire de sa plus jeune sœur, la si jolie Marie.

Il faisait si beau, si chaud. L’air était chargé des parfums des derniers foins coupés…

Il pense à ses amis, sa famille, insouciant alors, devisant paisiblement à la lueur des flambeaux, écoutant distraitement les musiciens engagés pour l’occasion. Trois jeunes musiciens interprétaient des airs légers, faisant rêver jeunes gens et jeunes filles friands des nouvelles de Paris d’où, prétendaient-ils, ils étaient originaires.

L’an passé, il avait eu l’occasion de se rendre à Paris, lui, porteur d’un billet de doléances au sujet d’une parente lointaine dans le grand besoin. Sa position dans l’assemblée de la Noblesse de la région, faisait de lui l’une des personnes sur qui l’on pouvait compter et peut-être serait-il écouté à Versailles ?

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