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Rayon de lumiere sur legliseOn était en avril pourtant. Le froid persistait toujours. Il s’accrochait au sol, empêchait la moindre pousse de verdure de sortir ver la lumière. La terre était tassée par le gel qui emprisonnait chaque branche, chaque rameau, interdisant aux bourgeons de paraître ! Ceux venus avant l’hiver, prêts à éclore aux premiers rayons du timide soleil de mars, se racornissaient, noircissaient, devenaient poussière si l’on s’en saisissait.

La Françoise de « Lascombès » lui avait rapporté que les vieux, ceux qui pouvaient encore se déplacer aux rares veillées, ne parlaient plus que du froid. Les « r » roulants, ils disaient que pour leur vie d’homme, ils n’avaient rien connu de pire, que pour sûr, c’était une malédiction du Ciel, de Dieu, que la famine guettait le village tout entier, qu’ils ne reverront jamais plus le soleil… D’ailleurs, le dernier colporteur qui s’était aventuré jusqu’ici, avait confirmé que partout où il était passé, c’était la même situation, le même désastre…

Navré des dires de ses ouailles, le père Louis se débarrasse de sa chasuble sur le prie-Dieu de la sacristie, pose délicatement le reste des accessoires sur le dessus du grand bahut et dans la penderie de bois blond. L’hiver, il passe sa chasuble de messe et l’aube en dentelle du dessous, sur ses habits ordinaires, une soutane noire et lustrée. Il espère ainsi mieux lutter contre le froid.

HEURTOIR GROS NB reduitAvant de ranger ses habits de messe, il s’affaire à enfermer le ciboire en argent ciselé et la coupelle argentée, dans le deuxième tabernacle, celui de la sacristie, laissant juste une hostie consacrée dans celui du maître-autel. Il ferme délicatement la porte de bois ouvragé quand il sursaute, surpris par le bruit de tonnerre de l’anneau en fer sur le battant de la grande porte de bois de l’église. Son cœur s’emballe. Il n’entend plus que lui. Ses battements tapent jusque dans sa gorge, provoquant une sensation d’étouffement, sa tête devient lourde et ses oreilles se mettent à bourdonner. La peur ? La surprise ? Il ne saurait dire. Et tandis que l’écho du sinistre bruit n’en finit pas de résonner jusque dans la sacristie où il se tient, il tente de capter le reste des bruits, ceux furtifs d’étoffes, ceux de sabots raclant la pierre des grandes marches devant le portail. Mais rien. Il se hâte de suspendre, l’aube et la chasuble tout en continuant sa réflexion.

Quelle main a fait cela ? Qui vient si tôt et pourquoi ? Un voyageur égaré ? Ce n’est pas un temps pour voyager ! Est-ce pour le baptême d’un nourrisson mal en point, les dernières volontés ou le désir de confession d’un mourant ? Les questions fusent dans sa tête qui lui fait mal, et le sang, derrière ses tympans bouillonne toujours. Le silence revenu, il se demande s’il n’a pas imaginé ce bruit. N’est-ce pas le ciel qui l’avertit de quelque terrible nouvelle ?