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Le début, le tout début de ce récit se situe en 1784… La naissance de Jeanne…un début de vie… Mais chaque chose en son temps… Nous voilà quinze ans plus tard, en 1799, suite à une lettre bouleversante

–       Heu… Dis, Jeannot, tu te souviens de mon amie Annette ? Du château de Roquette, mon amie de pension ?

"- Alors, je ramasse mes jupes, remet mon chapeau de paille enrubanné"...

« – Alors, je ramasse mes jupes, remet mon chapeau de paille enrubanné »…

Jeannot rougit, fronce les sourcils.

–       Bé oui, que je m’en souviens. Si mignonette ! Je crois qu’elle est partie avec un oncle qui n’était pas d’ici. Même qu’on avait cru que la famille entière avait brûlé dans l’incendie du château… Boudiou, oui, que je m’en souviens ! Pourquoi tu me demandes ?

Et le voilà qui se tait… Un retour sur un passé récent et lointain à la fois…

Je regarde mon frère perdu dans ses pensées. Assurée de sa petite faiblesse qu’il avait pour Annette, je sens que le moment est propice aux confidences. Je lui demande s’il a eu des nouvelles récemment d’elle ou d’autres personnes absentes du village depuis les événements…

Sans un mot, il fait non de la tête…

–       Jeannot, je viens d’en avoir, lui-dis-je toute joyeuse….

A ces yeux tous ronds, pleins d’interrogation, je hoche la tête et lui tend la lettre d’Annette…

J’attends sa réaction, retenant mon souffle, à la fois inquiète et toute excitée…

Jeannot me regarde, regarde à nouveau la lettre… Son trouble est palpable… J’ai l’impression d’entendre les battements de son cœur… Il me sourit !

–       Ah, comme je suis contente, et je lui saute au cou… Dis, on va faire quelques chose pour elle, hein Jeannot ?

–       Du calme, du calme… Oui bien sûr qu’on va l’aider.

- La grange...

– La grange…

Nous voilà à comploter des projets plus fous les uns que les autres, échafaudant des plans simples ou compliqués. On rit, on pleure. On se dirige vers la maison, plus agités que jamais.

Et les parents… On le dit aux parents ?

Jeannot qui s’occupe de la ferme avec son père affaibli par un mal de poitrine récidivant, a une idée assez simple finalement.

–       Les parents ont besoin d’aide à la ferme. La « Bérue » n’arrive plus à rien. Maman la garde par amitié, elle n’a même plus de famille… Mais elle est trop vieille pour l’aider, bonne à trier les lentilles seulement… Une jeunette pour l’aider serait la bienvenue ! Qu’en penses-tu Jeanne ?

Et me voilà encore pendue à son cou, reconnaissante.

–       Ne reste plus qu’à organiser sa venue sans attirer l’attention des « autorités », dit Jeannot, sur le ton de la confidence.

Jeannot se charge de convaincre les parents. Il est à nouveau calme et serein, sur de lui. J’aime sa force tranquille.Il m’a toujours rassuré, protégé…

Je me vois attribuer le rôle de la messagère, avec pour mission, dés que Jeannot me le dira, de répondre au billet, de le confier à Limousin dès qu’il sera prêt pour sa tournée. Il ne rajeunit pas l’homme mais est toujours vaillant et sur !

Je retourne à la grange. Les volailles ne comprennent pas mon retard et attendent le grain que je leur distribue matin et soir. Le jour est bien avancé et le soleil s’enfonce déjà derrière la colline. Ma vie tout entière est en train de basculer.

Dans l’air frais encore, mes joues sont brûlantes ; excitation et inquiétude continue d’envahir ma vie. Au loin, des chiens se répondent, aboyant des menaces aux intrus éventuels. Je vais en avoir des choses à raconter à Annette…